Abobi aux abonnés absents

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En pleine saison du « Abobi », le petit poisson à la peau argenté d’une dizaine de centimètres reste introuvable sur les marchés comme sur les côtes togolaises depuis maintenant 3 ans.

Les revendeuses comme les consommateurs l’attendent toujours avec impatience, sans plus grand espoir, à quelques jours de la fin de la saison. A défaut, les professionnels de ce corps de métier doivent se contenter des rares autres poissons qu’ils pêchent.

Sur la plage de Lomé, en face du nouveau rond-point, un groupe de plus de 20 personnes s’activent autour d’un filet de pêche bleue de plus de 30 mètres de long. Petits comme plus âgés, femmes comme hommes, chacun est concentré malgré la dureté de la tâche. Ils tirent sans cesse tandis que 3 marins-pêcheurs les secondent depuis la mer. Sur l’eau, les rayons du soleil se reflètent. En cette saison du fameux petit poisson appelé « abobi » en langue éwé, rares sont les pêcheurs qui en trouvent.

« Le climat a changé et la pollution explique qu’on n’en trouve pas je pense » souligne Jean-Gabin, 43 ans. «A la place, on récupère parfois les mèches que les femmes utilisent pour se coiffer, des algues, d’autres poissons comme les sardines, le chabli ou le capitaine mais jamais plus de quatre bols. Quoi qu’il en soit, jamais d’abobi. Je n’espère plus en trouver avant la fin de la saison, c’est fini » ajoute l’homme barbu, déçu.

C’est un travail ingrat et pénible, qui commence souvent à 4 heures du matin alors que Lomé dort encore et dure souvent plus de huit heures, sous les rayons intenses du soleil de midi.

« Moi j’ai un autre boulot, je suis également artiste mais je comptais sur l’appoint financier que m’apporte ces poissons ! »

Et bien que les revendeuses en réclament, elles connaissent bien la situation parce qu’elles sont elles-mêmes présente sur la plage. C’est le cas de Mme Lawson Taros. Assise sous une paillote non loin du bord de mer et drapée dans un pagne de couleur sombre, elle raconte :

« nous pêchons au sein d’une association nommée Adebayor [du nom du joueur de football togolais jouant à l’international] mais nous ne trouvons pas d’abobi. Cela fait cinq ans que j’ai constaté que l’on n’en trouve plus énormément. »

Le problème serait le même sur toute la côte. « L’autre fois, il y avait une cargaison venue de Dakar, mais sinon c’est partout pareil comme au Bénin voisin par exemple » commente le pêcheur.

Amateurs de l’abobi, faites vous une raison. Toujours pas de ce petit poisson cette année dans vos assiettes !

Illustration FlickR/escalepade

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