Afein clan : dénoncer ce qui dégoûte ?

16h, la scène se passe dans une cour à l’air libre, à l’abri des regards du public, nous sommes au nouveau Centre Mytro Nunya, où se déroulera ce samedi un grand show hip-hop réunissant le meilleur de la scène consciente de Lomé. Autour de la table : « Tesko Le Rebel », « Mental Khete’t », Bernard, leur manager et ami, et Ozdok, manager du label Decibel Prod’ . L’échange va durer une heure au cours de laquelle les artistes vont se prêter à un exercice de questions réponses visant à nous éclairer sur le groupe le plus controversé du moment. Lisez plutôt !


Eklin : Pourquoi avoir choisi ce centre pour faire votre prochain grand concert ?

L’initiative militante du centre a été déterminante; se faire connaitre de ceux qui sont plus éloignés de Lomé, se rapprocher de nos fans qui n’ont pas toujours la chance et la possibilité de venir nous suivre à Lomé, fut l’autre motivation à accepter cette invitation.

E. : On sait que vous êtes militants : cela s’exprime à travers vos morceaux, alors comment se manifeste votre militantisme au quotidien ?

Tesko : Comme je le dis dans un de mes morceaux, « nos actes reflètent nos paroles », nous sommes des éco-citoyens qui adhèrent à l’idéologie de la protection l’environnement. Les déchets, les plastiques… j’ai participé personnellement à des travaux communautaires, j’ai aidé des jeunes à balayer les rues du quartier Djidjolé.

Mental : Moi je fais partie du PAE qui est une association spécialisée dans le drainage des ordures ménagers dans les quartiers. C’est pas vraiment révolutionnaire, mais c’est du concret…

E. : Là on se rend compte que vous insistez plus sur le plan social que le politique…

Mental : Je le dis dans un morceau : « Si tu te ramènes pas au commissariat avec de la thune, on te mettra en taule » . C’est une situation que moi-même j’ai déjà vécu. Et la politique va de pair avec le social, on ne peut pas les dissocier.

E. : Comment gérez-vous la contradiction entre l’impact de vos propos et la situation politique du pays ; vous dénoncez beaucoup de choses mais la liberté d’expression y est biaisée ?

Nous essayons de forcer les choses ; et personne ne pourra nous nuire, car nos fans sont avec nous, et nous n’avons peur de rien, si ce n’est de Dieu en qui nous croyons, et qui nous protège.

E. : Avez-vous déjà subi des pressions ou menaces ?

On n’a jamais été menacé, à part quelques coups de fil anonymes, mais rien de vraiment concret. Les pressions viennent plutôt de certains promoteurs qui semblent nous marginaliser en ne nous invitant pas à des concerts, et ça pèse sur nous, car le public nous réclame.

E. : De qui êtes-vous proches dans l’environnement politique et social ?

Nous sommes impartiaux, et des partis politiques nous ont proposés des concerts de propagande, surtout lors de la campagne présidentielle dernière. Nous avons bien entendu refusé de façon catégorique. Par contre, nous respectons et connaissons bien les travaux et les actions des associations, comme ATTAC Togo, ils font du bon boulot, utile et important…

E. : Et sur la scène artistique, de qui vous sentez-vous proches ?

Il y en a beaucoup. Mais en particulier, on peut citer Karni, SIH, S – jev, Elom20ce….

E. : Dites-nous quelque chose sur vos différends avec Ali JEZZ ….

Tesko : Par rapport au Togo Hip – Hop Awards ? Je pense personnellement que Risher était le plus méritant, et ils ont voulu donner le prix à Ali jezz en sortant de faux critères pour disqualifier ce dernier. Mais il n’y a aucun problème entre les deux artistes. D’ailleurs, ils ont chantés ensemble tout dernièrement sur le même podium.

E. : Que pensez-vous du showbiz en général ?

Le showbiz est un cercle très fermé, et nous sommes prêts à assumer le fait qu’on nous marginalise. Nous comprenons cela, car nous dénonçons beaucoup de choses. Il faut ajouter que nous ne sommes pas les seuls à être muselés. Donc on fait avec…

E. : Comment gérez-vous votre remarquable succès ?

L’humilité est le seul mot qui nous représente, et nous sommes prêts à être plus proche de nos fans et du public pour donner de l’écho à ce quotidien misérable. Mais Afein clan, c’est tout un monde qui ont vécu des choses depuis des années, et qui sont partis d’un constat : la bipolarité de la société togolaise qui est caractérisée par une masse pauvre, et une petite portion de riches qui oppressent les premiers. Alors, nous avons voulu nous mobiliser afin de dénoncer les choses. Aussi représentons-nous des gens qui comptent sur nous, et tout ça fait que nous ne pourrons jamais prendre la grosse tête. Notre credo : « Réfléchir, et proposer des solutions. »

E. : Vos rapports à l’argent, parvenez-vous à vivre de votre musique ?

Nous vivons pleinement de notre musique. Nous en avons d’ailleurs besoin pour continuer à faire des productions, et en vivre vraiment. Mais nous ne sommes pas prêts à courber l’échine pour des contrats à deux balles, où nous serons obligés de nous soumettre à des impératifs commerciaux.

E. : Que pensez-vous avoir déjà accompli jusque-là ?

Nos morceaux percent, et ça a de l’écho. La répression policière diminue grâce à nos morceaux. Nous avons crevé l’abcès, et cela profite à d’autres artistes aujourd’hui, c’est incontestable.

Mental : Un jour, des policiers m’ont encouragés par rapport à ce qu’on fait, et cela m’a rendu fier. Il y a quelques années, ce n’était pas un scénario envisageable. Plus de jeunes se sont engagés grâce à notre courage.

E. : Que pensez-vous du rap, et des problèmes de l’Afrique ?

C’est un Rap avant tout très engagé. L’Afrique paie des impôts à l’Europe, l’occident ne veut pas qu’on évolue, et tout ceux qui veulent partir ne connaissent pas vraiment les réalités européennes.

E. : Que direz-vous à ceux qui viendront au concert au Centre Mytro Nunya ?

Nous ferons un concert semi-live, pas du playback ; Après la prestation des artistes invités (Elom 20ce, Kezita, La Source, Nass et d’autres surprises…), chaque membre d’Afein Clan fera deux ou trois morceaux… et enfin le collectif viendra faire quelques exclusivités. En bref, ça va être du lourd !

E. : Votre dernier mot ?

A ceux qui sont épris de liberté : le combat continue, nous sommes juste au début et….. La presse ne commente trop souvent que la petite vie politique. Dans l’arrière-cour, il y a d’autres réalités, et nous soulèverons toujours ces informations oubliées.


Pour rencontrer  Afein Clan, rendez-vous , samedi 5 juin  à Mytro Nunya

Pour se rendre à la “maison Mytro Nunya” :

- depuis Lomé centre, prendre la route de Kpalimé, jusqu’au quartier Adidogomé.Après avoir dépassé “Café Informatique”, soyez attentifs sur votre droite et repérez la rue qui mène aux “frères franciscains”. La maison est dans la rue qui fait face à leur église.

Propos recueillis par Eklin. Merci  aux artistes

source : www.mytronunya.info


avatar Soumis par le 3 Jun 2010 dans la/les categories A La Une, Arts, Événements, Interviews. Pour rester informés des commentaires de cet article, vous pouvez souscrire au flux RSS 2.0. Togozine encourage les débats. Veuillez laisser vos commentaires en bas des articles. Les opinions des rédacteurs/personnes mentionnées sont fournies comme telles et ne reflectent pas systématiquement l'opinion du magazine.

Vos Commentaires et Reactions

Qu'en Pensez Vous?... 2 Reactions deja “Afein clan : dénoncer ce qui dégoûte ?”

  1. avatar
    SIDOINE

    SALUT BOYS JE SUIS SIDOINE,JE SUIS TOGOLAIS MAIS JE VIE A LONDRE ,JUISTE ETRE AMIE AVEC VOUS,MOI JE VOUS APPRESSIE VRAIMENT BECAUSE IS NOT EASY.PARDONER MOI POUR LE FRANGLAIS.

  2. avatar
    ELLA

    salut mes freres.je suis tres contente et tres fier de mon pays quand j’ecoute vos chansons tant bien meme que je ne suis plus au pays.beaucoup de courage. il ne faut jamais baisser les bras.je suis actuellement a LONDRES, mais je vous connaisse tous.surtout pas de cerelle entre vous soyez unis

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