Conversations avec des Togolais – Bilan 2011: Kombaté Kwasi Nene

Wahhab Kwasi Nene

Wahhab Kwasi Nene

Togozine: Bonjour …. Comment allez-vous?
Kombaté Kwasi Nene: Bien merci. Le Seigneur a été merveilleux pour ma famille et moi puisque nous nous portons tous bien. Professionnellement, je viens de regagner mes nouveaux postes à Kinshasa. Ce qui me change un peu du pays et me permet de me faire de nouveaux amis. Cela ne m’empêche pas de rentrer souvent au pays pour me reposer et m’occuper de certaines affaires que j’avais laissées en suspend.

Togozine: 2011 fut une année intéressante au Togo pour de nombreuses raisons, que pensez-vous qu’on se souviendra de 2011, quand l’histoire regarde en arrière?
Kombaté Kwasi Nene
: L’histoire ne retiendra certainement pas grande chose. Certes, on pourra parler de la réconciliation nationale initiée par le pouvoir en place. Du Kpatchagate avec son procès et toutes les arrestations en amont et en aval. D’autres faits ont peut être marqué l’année, mais ne touchant pas directement le peuple ni la jeunesse togolaise je dirai sans ambages que le plus marquant pour moi reste sans conteste le soulèvement de la jeunesse estudiantine et les différentes arrestations qui ont suivi. Devrions-nous en être surpris? Non car je n’ai de cesse de dire que gouverner c’est anticiper et prévoir. Mais je reste toujours sidéré par cette caractéristique particulière à tous les gouvernements togolais qui n’anticipent jamais sur les problèmes sociaux et estudiantins. L’on ne peut pas comprendre que la jeunesse et la population qui devraient être au centre des préoccupations de nos dirigeants soient reléguées aux calendes grecques. J’ai déjà eu à le soulever dans ma lettre ouverte au Président Faure Gnassingbé dont le gouvernement n’est pas à sa première flétrissure du genre. Entre l’oreille et l’œil, il y a quatre doigts. Ceux qui ne veulent pas entendre, finissent par voir. Ce qui se passe actuellement au Togo est mauvais pour l’image du pays. C’est tout simplement inadmissible. Depuis septembre nos deux universités n’ont pas commencé les cours. Où avez-vous déjà vu ça ? C’est tout à fait normal que la jeunesse désemparée, instrumentalisée par des politiques superficielles, retorses et hypocrites se venge aujourd’hui et de la pire manière. Il urge de remettre en chantier les problèmes éducatifs pour mieux les prévoir, les comprendre et les résoudre. Il est plus que temps de reformater notre jeunesse dans la discipline, le goût de l’effort, la passion du savoir et du savoir-faire. Mais encore, faut il leur donner les moyens et leurs offrir un cadre propice.

Togozine: Quelles sont les personnes qui d’après vous la diaspora togolaise a besoin d’apprendre à connaître, car ils portent beaucoup de potentiel pour l’avenir.
Kombaté Kwasi Nene: Une question piège je suppose? La jeunesse togolaise que je côtoie est beaucoup pétrie de talents. J’en connais qui sont des juristes tels Parfait Djafalo et Tido Adokou Selom que j’admire beaucoup pour la justesse de leurs dires et de leurs analyses. D’autres sont des blogueurs ou de bons analystes comme Gerry Taama et Wolali Alhijah. Je m’en voudrais de ne pas citer les frères jumeaux de la Capitale Gita qui ont des ambitions sans limites et que j’appelle les futurs grands. Comment alors oublier mesdemoiselles Délali ATTIOPOU et Farida Nabourema. La première pour sont talent, ses écrits, sa passion et la deuxième pour sa conviction profonde. Il y en a tant que je ne pourrais pas tous les citer. C’est ça la nouvelle génération.

Togozine: Qu’êtes-vous impatient de voir arriver en 2012?
Kombaté Kwasi Nene:Impatient ? Non, mais je rêve juste d’un Togo meilleur, réconcilié avec lui-même et surtout avec son passé. D’un Togo sans gabegie ni impunité, avec des institutions politiques fortes incarnées par des hommes forts. Forts dans le sens d’intègres et non le contraire. Malheureusement ce n’est pas encore pour demain. Déjà, là où beaucoup de togolais voyaient une amélioration de leurs conditions sociales avec la réélection de Faure Gnassingbé, moi je voyais le continuum de son premier mandat de 2005. Je ne suis pas optimiste pour 2012 mais je ne suis pas non plus pessimiste à moyen et long terme. Pour le reste, laissons le temps au temps car l’oracle n’affirme rien ni ne nie rien en scrutant l’avenir dans sa boule de cristal. Il se contente juste de suggérer et de donner à voir ce qui doit se voir.

Togozine: Quels sont les défis que le Togo doit relever en 2012 afin de se positionner stratégiquement pour tirer parti des opportunités futures?
Kombaté Kwasi Nene: Les défis à relever sont nombreux. Il y a d’abord ce problème de mentalités sur lequel j’aimerais beaucoup insister. J’ai lu un jour à un carrefour à Accra où j’ai commencé mes études universitaires cette pensée dont je ne me rappelle plus l’auteur : « Progress is not possible without any change. And those who cannot change their mind cannot change anything ». Le problème des togolais est avant tout de nature psychologique. Chacun dans ses phantasmes oniriques, rêve plus ou moins secrètement d’avoir pour président quelqu’un de son ethnie. Et c’est bien là le hic! La joie, la sérénité que chacun éprouve sont intimement liées à l’espoir que suscite quelqu’un de chez soi à la tête du pays. Mais il faudrait que l’on passe à autre chose en dépassant ce genre de clivage une fois pour toute. Il appartient aux dirigeants actuels de s’y pencher ardemment, sans faux-fuyants ni promesses et assurances somnambuliques. Nous sommes avant tout et après tout des togolais et nous nous entendons bien à la base! Que chacun se mette en tête que tout Président élu et tout gouvernement travaille pour lui quelque soit son appartenance ethnique, et partant de là, jetons-nous tous au travail en y croyant! Cela deviendra une réalité. A contrario, la posture de méfiance, voire de défiance corrobore, sinon même aggrave les effets pervers de cette potentielle division.
L’autre grand défi est celui de la paix, de la cohésion sociale et de la vraie réconciliation. Le pouvoir actuel semble faire un effort pour aller dans ce sens. Seulement, il faut que chacun joue réellement sa partition. C’est comme le tango. On ne peut pas le danser seul. Pour qu’il y ait une vraie réconciliation, il faut une réelle reconnaissance des fautes des uns et des autres. Une repentance publique sincère et un vrai pardon. C’est à tort qu’on pense que la réconciliation est une fatalité. Il n’en est rien. On va à la réconciliation parce qu’on a la conviction que notre salut s’y trouve et que le destin de la nation en dépend. Le togolais est spécial et l’inconscient collectif des peuples reste toujours marqué par des haines archaïques, ancestrales et structurées. Mais faisons tous un gros effort. Suivra ensuite, un sincère dialogue social et politique entre gouvernants et gouvernés, entre  opposition et pouvoir afin de poser les bonnes bases de la future nation togolaise à laquelle nous aspirons tous. C’est aberrant de ne pas apprendre ni du passé, ni des bons exemples des pays voisins.

Togozine: Vous êtes dans le monde des communications? Quels conseils donneriez-vous à des jeunes togolais qui veulent jouer dans ce secteur en 2012?
Kombaté Kwasi Nene: Vous savez, avant d’avoir cette chance de travailler dans la communication, j’ai touché à tout. Seulement, j’ai finis par comprendre que dans la vie ce n’est pas tant le travail qu’on fait ni le poste qu’on occupe qui importent, mais l’amour qu’on a pour ce qu’on fait. A ce propos, me revient cet air qu’on fredonnait à l’école primaire centrale de Tsévié : « Fais bien tout ce que tu fais de bonne volonté ». Que chacun aime donc et fasse bien ce qu’il fait. La communication est un métier passionnant et un créneau très porteur. Le marché semble parfois saturé, mais il y a toujours des niches de marchés que de grandes agences laissent souvent de côté. De la création à la production, en passant par les techniciens, les commerciaux, les postes à responsabilité etc…, il y a beaucoup à faire. Il suffit comme le disait Lao Tsu : que « chacun trouve sa voie. »

Togozine: Merci  pour votre temps …. , Un dernier mot pour nos lecteurs?
Kombaté Kwasi Nene: Ici, j’ai une adresse à l’endroit de notre opposition, du pouvoir en place, au peuple et à la jeunesse togolaise. A l’opposition j’aimerais dire qu’il est plus que temps de s’unir pour parler d’une seule voix afin d’être productif. Que d’erreurs commises dans le passé ! Que d’égoïsme, d’amateurisme, d’improvisations et d’intérêts personnels! Je sais que certains d’entres eux ont été ou sont de bonne foi. Seulement, ils ont toujours en face d’eux la tentacule d’un régime en place depuis des décennies qui n’est pas facile à pratiquer. Les erreurs et turpitudes du passé doivent servir à présent de leçons.
Aux autorités actuelles je dirai qu’il est temps de faire preuve d’ouverture réelle. Qu’elles regardent autour d’elles et elles constateront que nos pays voisins proches ou lointains ont une longueur d’avance sur nous en matière de démocratie et d’institutions politiques fortes. Faisons mieux que les autres et illustrons-nous de façon plus positive. Qu’on n’entre pas en politique si on n’est pas capable de connaitre et de respecter les institutions de la République car c’est le respect des institutions républicaines qui contribuera à ouvrir une ère nouvelle pour le Togo et pour l’Afrique tout entière  Tout le monde parle politique et veut faire la politique au Togo. Cet engouement des togolais pour la politique vient de la croyance que tout le monde la comprend déjà et que tout le monde se dit démocrate. Ce qu’il faut comprendre c’est que la démocratie des citoyens, égaux en droit, libère leurs aspirations et des ambitions sans limites. In fine, nous sommes des rivaux en concurrence sur tout, de façon de plus en plus radicale. Seulement, en y ajoutant la propension des masses à la violence, on obtient le chaos. Ce que nous ne souhaitons pas pour ce bout de terre de nos ancêtres que nous appelons le Togo. Ni vous, ni l’opposition, ni le pouvoir en place et encore moins moi ne pouvions le détruire. Il reste l’assise et toute fondation de notre engagement. Aucun autre fondement ne peut flotter entre ce bout de terre et nous. C’est bien en vain que nous l’engageons dans de grandes fatigues en l’épuisant et en lui offrant le sang innocent de tant de morts qui ne sont que des béquilles sacrificielles. Aussi longtemps que nous togolais ne seront pas disposés à l’appel de tout ce qui ordonne et donne l’ordre, nous ne sortiront pas du chaos. Ordo ab chaos ! Chaos ab ordo.
A la jeunesse togolaise, surtout celle estudiantine de  la nouvelle génération que j’ai eue l’honneur de côtoyer, je leur témoigne toute notre solidarité dans cette crise qu’elle traverse. Leurs revendications sont nobles et plus que légitimes. Toutefois, je leur demande de faire beaucoup attention. Je ne sais pas s’ils ont déjà vu un cheval à deux ventres, mais moi j’en ai entendu parler. Je leur dis donc que celui qui les conseille d’acheter un cheval à deux ventres ne les aidera pas à le nourrir. Ils doivent se cantonner à leurs revendications, rien qu’à leurs revendications sans se laisser endormir et instrumentaliser par les politiciens de la politique politicienne de quelque bord que ce soit. J’ai eu à le répéter maintes fois à certains de leurs leaders avec qui j’ai pu échanger. S’il s’en trouve parmi eux qui veulent faire la politique, ils doivent comprendre que l’initiation aux fondamentaux,  doit précéder toute irruption dans la politique. Chacun de nous doit retrouver la modestie de ses limites.
Au peuple togolais meurtri, je dis que l’espérance est à renouveler. Elle seule donne sens et signification à la possibilité d’un futur  encore meilleur. Et puisque nous sommes à la fin de l’année propice aux vœux, je ne saurais me soustraire à cette belle urbanité. A l’orée de cette nouvelle année,  Il sied donc à la pensée de présenter mes meilleurs vœux à tous les togolais, à leurs familles et à tous ceux qui nous sont chers. Bien entendu, le souvenir en tout temps, continuera de s’étendre  vers tous ceux-là morts! Tous ceux-là, morts aussi pour la patrie, tragiquement, injustement et prématuré. Ne pleurons pas les années défuntes, fêtons celles qui naissent, parce qu’elles sont chargées de foi et d’espoir !

Togozine: Happy New Year 2012, et que Dieu vous bénisse.
Kombaté Kwasi Nene: Happy New Year à vous aussi. Dans la logique des choses, je vous adresse mes remerciements. Que Dieu vous donne la force et les moyens à vous et à votre équipe de poursuivre ce merveilleux travail qui est de former et d’apporter l’information au cœur de la formation de l’esprit où qu’il soit.


avatar Soumis par le 26 Dec 2011 dans la/les categories A La Une, Interviews. Pour rester informés des commentaires de cet article, vous pouvez souscrire au flux RSS 2.0. Togozine encourage les débats. Veuillez laisser vos commentaires en bas des articles. Les opinions des rédacteurs/personnes mentionnées sont fournies comme telles et ne reflectent pas systématiquement l'opinion du magazine.

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