Lomé : des ponts payants pour défier l’eau

Il plut sur Lomé des jours entiers durant sans répit. Et, les habitants de certains quartiers, notamment de la banlieue Est avaient de l’eau partout à travers leurs rues, dans leurs maisons et surtout jusque dans leurs chambres à coucher. Depuis 2007, certains quartiers de Lomé sont tout les ans victimes d’une inondation recrudescente et quasi saisonnière : les pluies de juin-juillet en sont l’origine. Il faut faire preuve d’ingéniosité pour vivre et circuler.

Il plut sur Lomé d’une pluie qui ferait pâlir Noé lui-même de jalousie, tant le patriarche n’en avait pas autant vu sa vie durant ; vu qu’il fut enfermé dans son cocon d’arche jusqu’à ce que tout sèche sur terre.

Des quartiers côtiers Baguida, Avépozo, Agodékê ou Kpogan, supposés non- inondables se sont réveillés les pieds sous l’eau. Des zones entières, Dévégo, Adamavo ou Adakpamé sont coupées de leurs voisins, et ressemblent littéralement à des îlots tant elles sont entourées d’une marre profonde. Ces populations n’ont plus accès aux grands axes routiers. Du coup, elles sont coupées de tous moyens de transport ; elles restent cloîtrées prisonnières chez elles. Pis, les taximen, les zémidjanmen ont délibérément doublé voire triplé leurs tarifs habituels, mais encore faudrait-il qu’ils acceptent et surtout qu’ils puissent mener le pauvre passager à bon port.

La population s’adapte :
Il leur vaudrait mieux se prendre en charge que d’attendre une quelconque aide des autorités locales. C’est ce qui s’est passé.
Un véritable commerce s’est développé autour du sinistre. D’abord, les jeunes vacanciers se sont débrouillés pour trouver des pousse-pousses et faire traverser les passants et bagages, 6 à 10 passants à la fois. La traversée étant fixé à 50 ou 100Fcfa/passager. D’autres, plus audacieux, ont acquis des pirogues qu’ils dirigent à l’aide de pagaies avec traversée à 50Fcfa. Minimum 5 passager à la fois.

Au bord des deux rives, un commerce florissant. Les arrêts de transport en commun et les stations Zémidjans (les fameux moto taxis) s’y sont établis : impossible de traverser avec les véhicules. Un véritable marché se développe et on peut trouver de tout. Cela évite de payer la traversée chaque fois pour le moindre petit achat.
Plus typique est ce nouveau marché de revendeurs de bottes. Ils se sont multipliés comme champignons sur terrain favorable au cours de ces 3 dernières années. Presque tous les ménages dans certains quartiers possèdent maintenant des bottes pour traverser plus aisément et sainement les eaux stagnantes et insalubres dans lesquelles se sont déversées eaux usées des égouts et des fosses sceptiques débordées. Les Togolais n’en avaient cure, de ses bottes avant.
Plus difficile encore est le tracas et tous les problèmes auxquels font  face quotidiennement les travailleurs et nos mamans ménagères, seules tenancières de leurs ménages en ces temps de crises et de difficultés majeures au Togo. Avant de se rendre à leurs occupation, ils traversant une eau immonde.

Traverser et aller prendre un taxi sur l’autre rive, chaque jour. Jusqu’à quand ? Surtout que la situation semble quasi saisonnière maintenant. Finalement, des jeunes du quartier Adamavo essentiellement, se sont habillements organisés pour au moins permettre le va et vient des piétons et motocyclistes, leur éviter de traverser matin et soir une eau stagnante et insalubre jusqu’à mi-cuisse avant de rejoindre ou revenir de leurs lieux de travail. C’est ainsi qu’ils ont construit des sortes de ponts en planchettes de bois certes rudimentaires et très étroits mais incontestablement pratiques. Cette initiative qui n’était en pratique que dans le quartier Adamavo, a pris cette année une ampleur particulière et s’est répandue à Baguida, Avépozo ou Adakpamé.
Le passage sur le pont est fixé à 50Fcfa par passant à l’aller. C’est à dire qu’au retour le passant paye encore 50 autres francs. C’est pratique et avenant. Surtout que l’initiateur a investi de ses propres fonds. Mais, c’est dérangeant et bien difficile au togolais moyen,dont le pouvoir d’achat a été réduit par la hausse du prix du carburant. Difficile de réserver 100Fcfa pour la traversée d’un pont à chaque allée et retour dans ces cas-là.

Il seule chose est sur. La pluie cessera dans quelques semaines. Les déplacements et les activités reprendront normalement, les ponts seront enlevés, les déplacés retourneront à leurs domiciles habituels. Tout redeviendra normal et la pauvre population attendra alors Juin prochain pour reprendre ses activités d’inondation.


avatar Soumis par le 22 Aug 2010 dans la/les categories Actualités. Pour rester informés des commentaires de cet article, vous pouvez souscrire au flux RSS 2.0. Togozine encourage les débats. Veuillez laisser vos commentaires en bas des articles. Les opinions des rédacteurs/personnes mentionnées sont fournies comme telles et ne reflectent pas systématiquement l'opinion du magazine.

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