Etat de l’entrepreneuriat au Togo

2013-02-entreprenariat-entrepreneur-togo

Depuis quelques décennies au Togo, les jeunes diplômés éprouvent d’énormes difficultés à intégrer le tissu socio-professionnel, créant ainsi des lourdes conséquences pour les ménages et par ricochet des maux (ou fléaux) sociaux tels que le vol, le viol, la traite des enfants, le banditisme, et bien d’autres encore.

L’entrepreneuriat se présente aujourd’hui comme un palliatif assez déterminant dans la lutte contre le chômage et donc contre la pauvreté. En réalité, véritable moteur de la croissance économique, l’entrepreneuriat peine encore à décoller au Togo. Dans un environnement où le secteur public n’arrive pas à absorber toute la main d’œuvre disponible, l’entrepreneuriat doit constituer une porte de sortie incontournable pour les jeunes. Il s’avère nécessaire, voire indispensable aujourd’hui de promouvoir le secteur privé. Qui parle de promotion du secteur privé, parle non seulement des actions visant à le développer mais aussi des études pertinentes à mener afin d’attirer l’attention des acteurs sur les opportunités d’affaires. Mais force est de constater que l’analyse des déterminants de la promotion dudit secteur, à savoir ceux de la création, de la survie et de la croissance des entreprises privées, est inexistante ou fait l’objet de très peu d’études. Ce déficit d’informations est naturellement dû au manque de données récentes, fiables et bien fournies.

Même si le profil des demandeurs d’emploi doit faire aussi l’objet d’études (moyen d’inciter les investisseurs nationaux et étrangers sur les opportunités d’affaires), notre intérêt porte sur le profil des promoteurs et de leurs entreprises au Togo. Les résultats utilisés dans la présente étude sont issus d’une enquête effectuée auprès de trois cents (300) entreprises à Lomé en juin 2011,par la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion de Lomé (FaSEG) et financée par Trust-Africa. Nous avons fait une analyse restreinte sur Lomé pour deux raisons principales: premièrement la plus grande partie des entreprises formelles se retrouvent à Lomé et deuxièmement une bonne partie des entreprises de l’intérieur ne sont que des filiales de celles qui sont à Lomé.

1- Profil des entrepreneurs :

Les résultats de l’enquête montrent que 83,56% des promoteurs enquêtés sont de nationalité togolaise contre 12,34% de nationalité étrangère. L’enquête révèle que les hommes (82,27%) entreprennent plus que les femmes (17,73%). Il faut aussi remarquer que les créateurs d’entreprise ont dans la majorité un âge qui dépasse 40 ans, l’âge maximal actuel d’entrée à la fonction publique au Togo, autrement dit les jeunes (39,13%) sont moins entreprenants. La plupart des entrepreneurs n’ont pas une expérience entrepreneuriale avant la création de leur firme. Le niveau d’instruction des promoteurs est le niveau supérieur (37,25%) et il faut observer que beaucoup n’ont pas reçu de formation professionnelle après leur diplôme. Les marchés locaux leur sont plus accessibles que les marchés nationaux et internationaux. En effet, 70,57% fonctionnent sur le marché local contre seulement 20,07% qui opèrent sur le plan national et 9,36% qui arrivent à accéder au marché international.

Les informations de cette enquête font comprendre qu’ils n’adoptent aucune stratégie pour développer leurs entreprises puisque près de 43% de ces promoteurs estiment qu’ils ne développent aucune démarche stratégique à cet effet. « Etre indépendant » et dans une moindre mesure « perception d’opportunité de marché (ou profiter d’une opportunité d’affaires sur le marché) » sont les raisons principales qui ont motivé les promoteurs à entreprendre.

2- Profil des entreprises :

Il ressort de cette enquête que la plupart des entreprises sont des établissements qui représentent 65,89% du total des entreprises enquêtées. Les Sociétés à Responsabilité Limitée (SARL) ou les SARL unipersonnelles (SARLU) constituent près de 28,09% des entreprises enquêtées. Le commerce est la principale branche d’activité dans laquelle ces entreprises opèrent (72,73%). Les branches Communication /Télécommunication et Banques/Institutions financières occupent respectivement seulement 4,04% et 1,69% de ces entreprises. Une analyse bivariée entre ces deux variables montre que la majorité des établissements évoluent dans le commerce ou dans la branche Communication /Télécommunication alors que dans la branche Banque/Institution financière, ce sont les SARL/SARLU et les Sociétés Anonymes (SA) ou Sociétés Anonymes Unipersonnelles (SAU) qui y opèrent.

Le plus souvent, les créateurs eux-mêmes (79,93%) dirigent leurs firmes. D’autres préfèrent faire confiance à un manager externe (9,03%). Les dirigeants familiaux successeurs aux créateurs ou dirigeants à dominance familiale constituent 5,01%. Sur 299 entreprises qui ont répondu, 225 ont leurs fonds propres comme ressources financières, 57 disent avoir emprunté auprès d’une institution financière, 10 ont vendu des actions aux salariés de l’entreprise et 7 ont eu recours à d’autres natures. Il est à noter que beaucoup de firmes ont débuté avec une à deux personnes dans 55,85% des cas. Une proportion de 27,09% a débuté avec 3 à 4 personnes. Celles qui ont commencé avec un effectif au moins égal à 10 sont au nombre de 15. Mais beaucoup de ces entreprises qui ont débuté avec une ou deux personnes se sont vues élargies par après.

Par ailleurs 40 entreprises sont une filiale d’une entreprise étrangère, soit 13,38%. Une forte proportion de firmes déclare qu’elle n’est pas en réseau, 13,71% sont en réseau national et seulement 5,69% sont en réseau international. Beaucoup d’entrepreneurs (85,86%) affirment que les locaux de l’entreprise sont loués.

De nos jours, même si l’Etat fait des efforts louables pour créer un climat d’affaire propice pour les investisseurs au Togo et accompagner des jeunes diplômés dans leur période de transition de l’école vers la vie active à travers des programmes tels que AIDE (Aide à l’Insertion et au Développement de l’Embauche) et PROVONAT (Programme du Volontariat National) et des subventions pour promouvoir l’initiative privée, l’entrepreneuriat reste encore à l’étape embryonnaire au Togo. Il est aussi d’actualité que les structures qui s’occupent de la question de l’emploi et des conditions de travail puissent commencer par faire des analyses et études approfondies pour informer le public sur les opportunités d’affaires et bien d’autres thèmes.


avatar Soumis par le 4 Feb 2013 dans la/les categories A La Une, Économie, Entreprises. Pour rester informés des commentaires de cet article, vous pouvez souscrire au flux RSS 2.0. Togozine encourage les débats. Veuillez laisser vos commentaires en bas des articles. Les opinions des rédacteurs/personnes mentionnées sont fournies comme telles et ne reflectent pas systématiquement l'opinion du magazine.

Vos Commentaires et Reactions

Laissez Vos Commentaires Ici











Log in | Born of the vision of Eryck



BACK TO TOP