Gilchrist Olympio : “Je n’ai jamais dit qu’on veut rentrer dans ce gouvernement”

Après son long mutisme, le président national de l’UFC, Gilchrist Olympio a brisé le silence en rendant public en milieu de semaine dernière un communiqué. Le vendredi suivant, il accorde une interview à Radio France Internationale (Rfi). Toutes ces sorties n’ont malheureusement pas mis fin à la polémique. D’où cet entretien exclusif réalisé par Golfe Info.

Gilchrist Olympio

©Gilolympio.com

Quels sont vos rapports avec le Frac ?

Je ne connais pas le Frac en tant qu’entité. Quelles sont leurs politiques, quels sont nos liens avec le Frac, est-ce deux partis indépendants qui collaborent sur des sujets spécifiques, est-ce que nous sommes partie intégrante de ce Frac ? Je ne saurai répondre. J’attends que Fabre, Patrick, et ou d’autres responsables viennent m’expliquer ce qu’il en est exactement. Je sais tout simplement qu’on vient de traverser une période électorale et en analysant les résultats, le Frac n’avait pas eu d’influence sur le vote. Dans des régions sensées être les points forts de Me Abi Tchéssa, du Prof Gogué ou de M. Péré etc., nous avons eu plus ou moins les mêmes résultats que par le passé. Mais nous sommes en politique et je crois qu’ils ont peut-être des qualités cachées qu’ils vont sortir après.

Bref, je n’ai aucun contact avec eux. Individuellement oui, parce que j’ai reçu Kofi Yamgnane à deux ou trois reprises à Paris et une fois à Lomé. Il m’a expliqué sa vision de la politique. Son idée c’est que le Togo passe par un gouvernement de transition de trois ans et qu’on cherche une personne indépendante pour gérer cette transition. Quand on s’est vu tout dernièrement à Paris, j’étais en convalescence, on a parlé de tout et de rien.

Ma dernière rencontre avec M. Péré, remonte à trois ou quatre ans et il était avec quelques pasteurs Allemands et Togolais. Son message était très clair, nous avons toujours eu un gouvernement à majorité Kabyè et qu’il serait trop brutal d’avoir un Président qui soit du sud. Il faut donc trouver quelqu’un pour faire la jonction entre le régime Gnassingbé et le régime que nous recherchons.

Jean-Pierre Fabre, candidat de l’UFC soutenu par le Frac revendique sa victoire mais au même moment, selon des observateurs et à la suite de votre dernière intervention sur Rfi, le Président du parti que vous êtes cherche à rentrer dans le gouvernement. N’y a-t-il pas un paradoxe ?

Je crois que je n’ai jamais dit que je vais rentrer dans le gouvernement. J’ai dit sur Rfi que si par hasard on devait participer à un gouvernement, il nous faut des garanties solides, parce qu’au Togo, nous avons un régime présidentiel qui ne dit pas son nom. Et nous rentrerons dans un gouvernement de ce genre comme les serviteurs de M. Gnassingbé. Il faut beaucoup de négociations, beaucoup de garanties. Et l’élément clé auquel nous devons trouver une solution, c’est l’interférence d’une armée qui a toujours joué un rôle très important depuis 1963, une armée qui est malheureusement tribale, pléthorique et familiale. Voilà les conditions. Je n’ai jamais dit à qui que ce soit qu’on veut rentrer dans ce gouvernement. Ces cinq dernières années, j’ai eu à discuter avec les gens du Rpt et trois fois avec M. Faure Gnassingbé lui-même et on ne s’est jamais mis d’accord sur quoi que ce soit.

A présent, je crois que la chose à faire, c’est de consulter nos camarades de tous les bords et c’est ce que je suis entrain de faire, des gens comme Agboyibo, Gnininvi et bien évidemment mon parti (Jean-Pierre Fabre, Patrick Lawson …) et pourquoi pas le Frac, pour redéfinir nos objectifs. Tout ce que nous avons comme stratégie en ce moment, ce sont les marches, une bonne chose d’ailleurs, une forme de pression pour des gens qui n’ont pas une autre arme de défense que de marcher. Ça a bien réussi dans certains pays comme l’Inde avec Gandhi. Je ne sais pas si avec une dictature vieille de 45 ans les marches seules vont les impressionner. Je souhaite que les marches continuent mais en même temps qu’il y ait d’autres éléments importants à ajouter pour impressionner le régime en place.

Il se raconte que vous préparez un congrès pour mettre hors du parti le clan Fabre ?

Dès mon arrivée au pays après presque trois mois d’absence, la première chose que j’ai faite, c’est de réunir toutes les fédérations de l’UFC de Cinkassé jusqu’à Lomé. Elles ont toutes répondu à mon invitation. Du moins, 82% de nos fédérations étaient là. On a discuté des problèmes de l’heure. C’était une réunion informelle. Dire que nous envisageons un congrès pour punir Fabre et Patrick Lawson n’est pas juste.

Que reprochez-vous alors au Bureau national et particulièrement à Jean-Pierre Fabre ?

Rien de spécial. Sauf qu’il y a eu certains dysfonctionnements dans le parti, surtout au niveau de la communication. Nous avons trouvé le candidat qu’il fallait pour prendre ma place quand j’étais malade. J’ai appris ça quelques jours après. De toute façon, j’étais tellement malade que je ne pouvais pas me présenter. Le Bureau face à certaines urgences, a dû prendre certaines mesures. Certaines bonnes, d’autres pas. Et à présent que je suis de retour, nous avons le temps de reprendre les choses, mais de les reprendre ensemble. Ce que moi je veux pour mon parti, c’est la diversité et le règlement des conflits par des voies pacifiques.

L’enjeu principal : La lutte contre la pauvreté est le sens de mon engagement politique. Je ne crois pas qu’il existe une différence de vue entre Jean-Pierre Fabre et moi. Je suis le Président de l’UFC et Fabre en est le Secrétaire Général. Notre organisation est un grand parti qui va de Lomé à Cinkassé et qui comporte beaucoup de tendances. Je ne sais pas si la tendance Fabre est la plus importante mais en tant que président, j’ai un rôle de fédérateur, ramener toutes ces tendances au sein de notre parti qui est l’UFC. C’est mon devoir, on l’a pas encore réussi, mais nous y travaillons et nous allons bientôt développer une politique cohérente pour trouver une solution à cette situation qui perdure.

Revenons à votre éventuelle participation au gouvernement. Quelles sont les garanties du RPT qui peuvent vous convaincre à entrer au gouvernement ?

D’abord, il faut voir quel est l’animal qu’on veut mettre en place. Est-ce qu’on veut un gouvernement d’union ou un gouvernement de transition ou un partage de pouvoir. Selon ce qu’on aura choisi au cours de nos négociations, on étudiera les garanties appropriées. On a aussi besoin de pilotage pour la mise en œuvre et le suivi des accords signés. Pour le moment, nous ne sommes pas en discussions avec le RPT. Si d’aventure il y a des négociations, nous aviserons de la forme que celles-ci prendraient. Cela veut dire qu’il faut une consultation permanente au sein de notre organisation. Qui sait, peut-être même avec le FRAC.

M. le Président, parlez-nous de votre rencontre de Paris avec les deux émissaires de Faure Gnassingbé ?

Ce n’est pas la première fois que mon parti l’UFC et moi avons des discussions avec le RPT. Au cours des cinq dernières années, nous avons eu environ dix rencontres. Nous avons eu des réunions à Rome sous l’égide de Sant’ Egidio, des discussions à Paris, Accra, Abuja et Lomé avec les responsables du RPT, Pascal Bodjona et Pitang Tchalla qui ont même déjeuné avec moi à Paris. Donc on se voit de temps en temps. La dernière fois qu’on s’est vu, c’est quand M. Faure Gnassingbé était de passage à Paris. On a eu des discussions et croyant qu’on s’était mis d’accord sur certaines choses, je me suis trompé. Par exemple, il m’avait dit devant tout le monde à la place Vendôme qu’un représentant de l’UFC sera Premier Ministre et va préparer les élections ouvertes dans un avenir pas compromettant. Cinq jours après, il a annoncé que M. Agboyibo est devenu Premier Ministre de son gouvernement. Mais je crois fondamentalement que le dialogue doit continuer et on m’a demandé par le biais d’un ami si j’étais prêt à recevoir une petite délégation du RPT et du gouvernement ; j’ai dit oui et nous avons eu des discussions.

On a parlé de beaucoup de choses. Entre autres, comment fêter les cinquante ans d’indépendance. Est-ce que nous allons faire notre fête séparément en tant que UFC, le RPT et le gouvernement de l’autre côté ? Et ma réponse a été très simple : avant-hier, vous avez saccagé notre siège, vous avez blessé des gens et vous croyez vraiment qu’avec tout ça, nous pouvons nous installer à la table avec vous pour fêter le 27 avril ? Cela n’est pas possible. Et puis je dois ajouter aussi que je suis en lutte depuis 40 ans contre le régime Gnassingbé, une seule famille qui nous gouverne pendant 40 ans et vous me demandez si on va fêter ensemble ? Est-ce à dire que nous irons faire des hommages à Gnassingbé Eyadema ? Vous savez, quand les Allemands célèbrent leur fête nationale, ils ne sortent pas les images d’Adolph Hitler, ils les cachent. Est-ce que vous allez me promettre que vous aller cacher les images de Gnassingbé premier pendant cette fête ? Naturellement, ils n’ont pas répondu.

Le rapatriement des restes de votre père a t-il fait aussi objet de discussions ?

On a parlé du rapatriement des restes de mon père enterré depuis 45 ans à Agoué au Bénin. Je leur ai répondu que pour nous, c’est une affaire de famille. Personnellement, je suis contre. Mais mon père a eu cinq enfants, l’un est mort et nous sommes quatre. Ils peuvent aller demander l’avis de mes deux sœurs et de mon frère. Mais je vous avoue que depuis trois générations, tous les membres de notre famille sont enterrés à Agoué. Maître Arvière, son grand père et ses enfants, mon grand père, mon père et ses frères et sœurs, etc. Il serait difficile de rapatrier ses dépouilles. Par ailleurs, il y a plusieurs manières d’honorer la mémoire de quelqu’un qu’on aime ou qu’on respecte. On peut faire une statue ou nommer une place, on n’est pas obligé d’aller prendre son corps physiquement et le ramener au Togo. C’est comme ça que la conversation s’est terminée sur ce sujet.

On a enfin parlé de la crise. Je leur ai dit qu’il faut que le gouvernement RPT fasse un effort colossal pour s’approcher de l’opposition. Surtout que cette opposition n’a qu’une seule préoccupation. C’est le changement, et ce changement, tout le monde le désire. Il faut donc que le RPT coopère avec nous pour que ce changement tant souhaité par le peuple ait lieu. Parce qu’après tout, nous sommes des Togolais et nous devons trouver une solution pour que tous les Togolais s’asseyent pour qu’une fois depuis 1960, on trouve un point commun pour faire les choses importantes. Et les choses importantes pour moi, c’est la lutte contre la pauvreté et la lutte pour le développement économique et social. Dans toute la sous région, nous sommes le peuple le plus pauvre et le plus déshérité. Autour de ma maison à Accra, on se croirait des fois en Europe. On y voit des échangeurs et des choses très propres. En somme, il y a un travail concret à faire.

Nous devons travailler ensemble. Un parti fut-il l’UFC ne peut pas faire seul ce travail. Nous devons avoir des partenaires avec lesquels accomplir cette tâche colossale. Nous avons besoin de beaucoup de gens qualifiés, surtout les jeunes qui sont qualifiés et très déterminés. Il faut les regrouper et utiliser cette énergie pour bâtir notre pays.

Est-ce que vous voyez venir cet effort de la part du gouvernement ?

Je suis revenu à Lomé (hormis les deux jours que j’ai passés à Accra) il y a deux semaines. Je n’ai rencontré aucun membre du gouvernement togolais.

Pour la crise togolaise, il y a trois options. Soit on s’assoie et dans notre feuille de route, on se tourne le doigt pendant cinq ans comme on vient de le faire, Faure reste au pouvoir pendant cinq ans, change la constitution et reste comme son père au pouvoir pendant 40 ans. Ou bien vous trouvez une solution (gouvernement de travail, gouvernement d’union ou un partage de pouvoir) assortie de garanties. Ou bien c’est la lutte armée. A l’UFC nous ne sommes pas équipés pour y faire face. Il y aura beaucoup de sang qui va couler et ce n’est certainement pas mon avis de faire ce genre de choses. En clair, la troisième option est à oublier.

Il faut donc que nous nous organisions pour une sortie de crise. J’ai eu une discussion avec le Professeur Gnininvi de même que Me Agboyibo. Ce dernier m’a fait des propositions que j’ai enregistrées. A présent que je suis de retour d’Accra, nous allons nous revoir pour creuser sa proposition de sortie de crise.

Votre adresse à l’endroit du peuple Togolais ?

Tout ce que je désire, c’est que nous soyons conscients des enjeux. Le pays traverse une période très difficile. En dehors de toutes nos querelles et malentendus, ce qui importe, c’est qu’on s’unisse pour combattre la pauvreté. Vous savez, notre budget ressemble au chiffre d’affaires d’une boulangerie de Paris. Et tout le monde veut encore voler dans ce budget là. Organisons-nous et qu’on commence la construction et la reconstruction de notre pays. Voilà comment je vois l’avenir.

Avec l’aimable autorisation de Abdou Yêkini Radji (Golfe Info)


avatar Soumis par le 4 May 2010 dans la/les categories Actualités. Pour rester informés des commentaires de cet article, vous pouvez souscrire au flux RSS 2.0. Togozine encourage les débats. Veuillez laisser vos commentaires en bas des articles. Les opinions des rédacteurs/personnes mentionnées sont fournies comme telles et ne reflectent pas systématiquement l'opinion du magazine.

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