Fin des festivités des Evala 2010 dans la Kozah

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Pendant près d’un mois, toute la préfecture de la Kozah a vibré aux rythmes des Evala, ces luttes initiatiques qui font des jeunes garçons, des hommes. L’apothéose de cette célébration sera les grandes finales dans chaque canton. Cette année, en marge des luttes, deux activités ont également rencontré l’enthousiasme du public ; une campagne de dépistage du VIH/SIDA et un festival des arts culinaire. Tout ceci a eu pour point culminant le samedi 24 juillet, avec des célébrations partout dans la préfecture.

Le pays Kabyè est essentiellement couvert de montagnes et de collines érodées aux descentes escarpées, morcelées et rocailleuses. Ce relief accidenté, explique peut-être la force de caractère des natifs de la région qu’exalte depuis la nuit des temps les Evalas.

En prélude aux combats, le jeune evalo* est séparé de sa famille et conduit dans les montagnes où il est préparé psychologiquement et physiquement à l’entrée dans la classe des adultes. Les rites initiatiques qu’il subit ont surtout pour finalité de forger son courage et sa bravoure. L’initiation passe surtout par l’obligation de tuer deux chiens par strangulation et la rage du chien est selon la tradition conférée à l’initié, à l’issue de ce rite.

Les finales des luttes ont commencé le jeudi 22 juillet 2010 à Pya, sous l’œil averti du Président de la République, devant un public nombreux (estimé à environ 5000 personnes) ve6nu applaudir les prouesses des dieux des arènes dans une atmosphère électrique.

Lutteurs d' évala
Lutteurs d' évala

Elles se sont poursuivies le vendredi à Lama, Landa, Kouméa, Yaka et Sarakawa et n’ont pris fin que le samedi à Lassa, Yadè, Bowou et Soumdina.

Comme les éditons précédentes, Evala 2010 a été un plein succès si l’on en juge par l’engouement qu’il a suscité tant chez les autochtones que chez les étrangers. Ainsi il y a eu sur tous les sites visités, une forte mobilisation et des gens dansant et chantant frénétiquement.

Pourtant, certaines personnes déplorent la politisation de l’évènement qui se fait plus belle chaque année : « l’Evala est devenu hautement politisé, si bien qu’on doit systématiquement attendre la venu des personnalités politiques avant le début des combats » nous livrait Innocent, un chauffeur de taxi.

Chez les compétiteurs, l’envie de lutter est si intense que selon leur propos, la tradition doit nécessairement être respectée. Cependant, un entraîneur croisé à Lama nous expliquait avec amertume que peu de jeunes s’intéressent encore de nos jours à cette cérémonie, surtout ceux qui sont nés dans la capitale. Sur le combat en lui-même, ce sexagénaire, ancien champion, nous explique que la technique et non le physique permet de gagner. Ces poulains semblaient être très attentifs tout en exécutant avec agilité des pas de Kamou, et cela dénote l’attachement à la tradition qui a subsisté malgré tout au sein de la jeunesse. Pour ces pugilistes, il ne s’agissait de toute évidence pas que de faire acte de présence dans l’arène. Cela se lisait dans leurs yeux après défaite et victoire. Pourtant pour leurs maîtres à l’instar de Pierre de Coubertin, l’important c’est de participer.

A côté des Evala, il y a eu, entre autres, la campagne de dépistage du VIH-SIDA, organisée par l’association AIMES/ Afrique, qui aura connu une forte participation des populations. Initialement estimé dans les prévisions à 5000, le nombre de personnes dépistées atteindra rapidement la barre de 7000, ce qui aura pour incidence, le manque de kits pour le dépistage dans plusieurs cantons. A Sarakawa par exemple, les 150 réactifs prévus ont été insuffisants pour satisfaire les 5OO personnes présentes.

Cette campagne a pu se faire, avec une équipe de bénévoles, constituées de médecins, d’étudiants en médecine, d’internistes, de biologistes et de militaires, tous rompus à la tâche.

Le Docteur Michel Kodom, responsable de cette campagne nous confiera que l’idée de cette initiative lui est venue du fait qu’on concentre trop l’attention sur la sensibilisation, au lieu d’inciter les gens à faire leurs tests de dépistage et à se faire suivre.

Entres autres évènements, le festival des arts culinaires, qui a eu lieu dans tout les cantons au cours des luttes, où les bonnes dames autour d’une table présentaient à l’assistance, les spécialités culinaires de leurs cantons respectifs. Le traditionnel tchoukoutou, boisson local à base de mil, a été mis en bouteille et aura bonne presse chez les dégustateurs. Concours de gastronomie organisé par Mme Essomada Gnassingbé, le festival a opposé 5 équipes par canton, départagées sur les critères d’originalité, d’hygiène et de composition des mets. Découpé en trois phases, dont une présélection dans les 15 cantons, suivit des ½ finales, cette joute a rendu son verdict le dimanche 25 juillet 2010 avec le couronnement des 3 meilleurs cordons bleus.

Notre déception aura surtout été le faible intérêt que suscitent les Akpéma, l’équivalent des Evala pour les filles, qui selon nos investigations ne prendront leur envol qu’après l’extinction des feux des projecteurs; machisme oblige.

*nom donné au jeune qui pratique l’Evala.

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