Gerry TAAMA s’ouvre: Pourquoi, je m’engage en politique

Quand on est jeune (j’ai trente-sept ans) actif (je suis à la tête de trois petites entreprises qui ma foi s’en sortent bien), raisonnable et Togolais, il y un choix que personne ne peut, s’il a un peu d’estime pour vous, vous conseiller. C’est celui de faire la politique.

Les raisons du rejet de l’engagement politique foisonnent. La première, et la plus évidente, c’est que dans l’imaginaire collectif, la politique n’est plus réservée aux personnes de qualités. Chaque fois que je me suis ouvert à un ami, à un parent, ou une simple rencontre de fortune, sur mon intention de faire la politique dans le futur, la réponse était toujours la même, cinglante : tu veux aller à la mangeoire toi aussi. Le Togolais à ainsi enlevé à son homme politique le crédit de la conviction, réduisant ce type engagement à un simple calcul vénal.

L’autre argument pour dissuader l’engagement politique est son inefficacité. Les gens vous disent :

– Nous, on a tout essayés, cela n’a rien donné. Regarde les Ginninvi, les Edem Kodjo, les Koffigoh, les Dahuku Péré. Mon fils, occupe-toi de tes affaires et laisse ces gens là continuer leur salade.

L’autre référence que certains autres brandissent, c’est l’extrême rapacité du milieu politique. Je suis un ancien militaire, du nord Togo,  ma mère est Kabyè, mon père nawda. On vous dit le plus sérieusement au monde :

– Les militaires ne te laisseront pas faire. Et tu penses que les Kabyès et les barons te laisseront agir ? Mon frère, oublie ça et consacre-toi à tes affaires.

Pour finir cette liste non exhaustive d’arguments soulevés pour dissuader tout engagement politique, d’autres vous disent :

– D’ailleurs, il y a trop de partis politiques au Togo. Pour un si petit pays, regardez le nombre de partis qu’il y a.

Toutes ces personnes ont raison. En effet, si vous avez la chance, dans ce pays où le chômage est la chose la mieux partagée, d’avoir une petite situation qui vous permet de nourrir votre famille et de boire une bière au passage, quel intérêt d’aller risquer de perdre peut être tout cela sur un terrain où, comme l’a si bien dit quelqu’un, la cupidité et la duplicité sont transformées en code de conduite ?

Je vois trois raisons à cela.

La première est que, quoi qu’on en dise, le développement de n’importe quelle société est du ressort de la politique. Parce que les pouvoirs exécutif et législatif sont les pilotes de la république, et que ces deux pouvoirs sont électifs, la politique reste le chemin royal pour améliorer de façon globale les conditions de vie des populations. Le lendemain des printemps arabes devraient nous édifier à ce sujet. Ce sont les jeunes qui ont fait la révolution, mais ce sont les politiciens qui se sont assis à la table de négociation. Vous avez un projet pour votre pays, vous vous sentez un destin national, vous devez faire la politique.

La seconde raison tient à l’histoire particulière de notre pays. En octobre 90, les Togolais qui ont fait la révolution, et qui ont 22 ans de plus aujourd’hui, rêvaient d’un pays meilleur, pour eux, et pour les générations à venir. Presque un quart de siècle plus tard, la situation n’a pas véritablement changé. Pire, on dirait, (surtout suite au dernier constat d’échec du dialogue tripartite RPT, ANC, CAR)  que le pays recule.  Il y a six ans en effet, ces mêmes partis (enfin, les mêmes personnes) s’étaient réunis au dialogue togolais et avaient adopté l’Accord Politique Global (APG) balisant ainsi le terrain à une normalisation politique qui conduira, une année plus tard, à l’organisation des toutes premières élections apaisées au Togo. La douloureuse impression que l’on a depuis cette belle prouesse, c’est que la classe politique actuelle est dans une conspiration de l’immobilisme. Le parti au pouvoir, convaincu que tout ce qui retarde l’avènement d’une démocratie pleine et entière au Togo, avec des institutions fortes, indépendantes, et crédibles lui est profitable, ne s’empresse pas à aller à l’essentiel, c’est-à-dire à des réformes tous azimuts qui, si elles respectent les canons internationaux, peuvent être opérées sans forcément passer par la négociation avec l’opposition. Entre nous, qui au Togo irait manifester contre le gouvernement si le parlement adopte une révision constitutionnelle limitant les mandats, organisant les élections à deux tours, ou réformant la justice ? Personne. De l’autre côté, notre opposition traditionnelle est restée dans une paranoïa compulsive, où le refus de négociation avec le pouvoir est érigé en code de conduite, le tout enrobé dans une violence verbale des plus avilissantes. Parfois, on se demande : tous ces hommes politiques voient-ils la misère de notre peuple, pour se risquer à des blocages à ne plus en finir ? Il faut une de nouvelles voix pour porter celle du Togo

La troisième raison est personnelle :  je n’aimerais pas être un témoin passif, ou un complice de la situation. Dans une trentaine d’années, nous serons amenés à transmettre ce pays à nos enfants. Et ce jour, nous serons comptables de l’état dans lequel il est. Chaque génération à l’obligation de transmettre à la suivante un pays en un bien meilleur état que celui dans lequel il l’a trouvé en en prenant la charge. Certains objecteront que le gouvernement construit les routes, fait des grands travaux et que notre paysage change. C’est sans doute une excellente option que celle de l’actuel gouvernement, qui mise sur le développement des infrastructures de communication pour relancer l’économie. Mais ne nous égarons pas. Tant que le niveau de vie restera aussi bas (il continue à baisser même, si on s’en tient aux estimations de la banque mondiale au Togo), le décollage économique restera une chimère. Et le cas de la Tunisie devrait par ailleurs nous édifier. Les peuples ne se satisfont plus de construction de routes et d’hôtels. Le peuple se nourrit d’espérance, et de certitudes quant à son avenir.

Donc, oui, c’est décidé : moi, Gerry TAAMA,  je vais m’engager en politique. Je le ferai avec une formation qu’avec des jeunes enthousiastes comme moi, nous sommes en train de constituer, et qui sera dénommée, si l’assemblée générale constitutive du parti l’adopte, Nouvel Engagement Togolais. (N.E.T). Il faut, selon moi, un autre type d’engagement politique aujourd’hui au Togo. Cet engagement devrait reposer, en plus de la conquête du pouvoir par les moyens pacifiques et légaux, sur ces trois piliers : la formation militante, la sensibilisation citoyenne, et la solidarité nationale. (Je développerai tous ces points dans mes prochaines publications).

Mon espoir est que cet engagement, comme celui des autres personnes qui sont avec moi, ou qui ont les mêmes projets, suscite par son approche, suffisamment d’enthousiasme dans notre société pour que dès 2012, les résultats se fassent sentir. Qu’une nouvelle génération rentre dans les conseils municipaux, préfectoraux et régionaux, que de jeunes inconnus entrent au parlement, pour qu’enfin la machine soit lancée et que dans 10 ou 15 ans, une nouvelle nation prospère voit le jour. Mais ne nous trompons pas. En 2012, ces jeunes là ne feront pas de miracles. En fonction du découpage électoral, et du mode de scrutin, ils sont condamnés à faire entrer dans ces instances là qu’un nombre limité de leur membre. Il faudra cependant qu’ils y soient, qu’ils y fassent leur preuve, qu’ils proposent des lois, qu’ils interpellent, avec effronterie et appétence, les ministres sur la gestion de la chose publique, qu’ils incitent à la création de commissions d’enquête parlementaires, qu’ils aillent sur le terrain, pour enfin dire le Togo tel que nous le connaissons, et tel que nous l’aimons.

Je serai de ces jeunes là. Mais si j’y vais seul, je n’y serai pas, car le mur en face est si épais que non seulement il faut le pousser à plusieurs, mais aussi depuis plusieurs points. Il n’est pas tard pour que d’autres jeunes Togolais, surtout de la classe moyenne, se retroussent les manches et entrent dans l’arène politique. C’est à plusieurs que nous pourrons réécrire l’histoire de notre nation. Mais Il n’y a pas d’autres choix, nous devons y aller, pour que les 99% de la population togolaise, qui ne vit pas dans un luxe insolent, retrouve dans la politique, les germes de l’espérance qu’elle lui a naguère trouvée en 1990.

Le temps joue contre nous. Mais l’occasion est propice. Jamais, dans l’histoire de notre pays, ses habitants ne se sont autant désintéressés de la politique. Jamais, nos leaders politiques ne nous ont autant déçus. Mais notre avenir est rivé à l’excellence de nos institutions, et à l’efficacité de ceux qui dirigent ce pays. Nous ne pouvons pas faire semblant de l’ignorer. Nous serons comptables devant les générations futures. C’est donc le moment d’y aller. C’est notre moment. Pour le Togo.

Pour supporter Gerry rejoignez-le ici


avatar Soumis par le 28 Mar 2012 dans la/les categories A La Une, Actualités, Interviews, Opinions, Plume Libre. Pour rester informés des commentaires de cet article, vous pouvez souscrire au flux RSS 2.0. Togozine encourage les débats. Veuillez laisser vos commentaires en bas des articles. Les opinions des rédacteurs/personnes mentionnées sont fournies comme telles et ne reflectent pas systématiquement l'opinion du magazine.

Vos Commentaires et Reactions

Laissez Vos Commentaires Ici



Rejoignez-Nous Sur Togozine











Log in | Born of the vision of Eryck



BACK TO TOP