Gnassingbé Eyadéma: de Guide éclairé et adoré au titre de dictateur, un héritage lourd en bien et mal

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Djengo Miano Yome Eyadéma
Djengo Miano Yome Eyadéma
Ne Agbemo do viviti, na no kenkle
Mano Yome

Le peuple chantait Conduis-nous et nous suivrons, Conduis-nous et nous allons suivre, quand les routes de notre vie s’assombrissent, vous brillerez afin que nous puissions vous suivre. Le peuple dansait sur des paroles disant “Seigneur donne à Eyadema la force de Salomon afin qu’il puisse mieux t’adorer.” La lune de miel tourna finalement au vinaigre une fois le mariage consommé. Quand il mourut le 5 Février 2005 en route pour la France, le peuple était divisé. Certains célébraient la fin d’une époque, et d’autres craignaient la fin de la dite époque. Celui dont l’hymne disait “écartons tout mauvais esprit qui gène l’unité nationale” devint par ironie du sort celui qu’une opposition aussi incompétente que désordonnée tenta en vain d’écarter. Togozine revient sur l’historique de celui qui tint fermement dans ses mains pendant 38 ans les rennes d’un pays qui aujourd’hui n’est que le fantôme de son titre de suisse de l’Afrique.

Président Eyadema était le plus ancien souverain de l’Afrique – un titre qu’il a acquis après la mort du Roi Hassan II du Maroc en 1999. Né Étienne Gnassingbé Eyadéma le 26 Décembre 1937, à Pya, Lama-Kara, il était le fils de Gnassingbé Eyadéma et N’Danida. L’emprise sur le pouvoir présidentielle au Togo par Eyadéma a été consolidée à la fois par la force et par des machinations politiques dans une carrière qui comprenait coups d’Etat militaires, les meurtres suspects, les tentatives d’assassinat contre des dirigeants de l’opposition et les appels dramatiques à «l’unité nationale» au détriment de la liberté d’expression.

Eyadéma a rejoint l’armée française en 1953, a servi en Indochine, au Dahomey, au Niger et enAlgérie (1953-1961), et avait atteint le grade de sergent à son retour au Togo en 1962.

Lorsque le président Sylvanus Olympio a refusé de prendre 626 vétérans togolais de guerres françaises en petite armée du Togo, un groupe d’entre eux, y compris Eyadéma, l’a assassiné dans un coup d’état par ailleurs presque sans effusion de sang (Janvier 1963) et installé un civil, Nicolas Grunitzky, en tant que président. Après un coup d’Etat avorté en Novembre 1966, l’armée a pris directement le pouvoir en Janvier 1967 et en Avril fait de son chef de cabinet, Eyadéma, le nouveau président et ministre de la défense nationale. Il a invité les derniers exilés politiques à rentrer au pays, et en 1969, il a créé un nouveau parti d’unité nationale (Le Rassemblement du Peuple Togolais – RPT) et en devient le président. Il interdit toute activité politique jusqu’à ce qu’il ait fondé la dite nouvelle organisation, Le Rassemblement du Peuple Togolais, comme le seul parti légal du pays.

Dans les années 1970 Eyadéma a cherché à renforcer le nationalisme du pays, en ordonnant les citoyens du Togo à assumer africains prénoms, lui-même fit l’adoption de Gnassingbé comme nom se débarrassant de Etienne. Il a été élu à la présidence du Togo dans l’une des élections tenues en 1979 et 1985.

Le long règne de Eyadéma a apporté une certaine stabilité au Togo, et sa nationalisation de l’industrie du phosphate du pays en 1974, produit des recettes publiques accrues pour le développement. Les aides étrangères de la France, de l’Allemagne et des États-Unis ont présenté de nouvelles industries au Togo, et un marché mondial croissant autour des phosphates a apporté une amélioration à l’économie du pays. Comme la prospérité relative a continué dans les années 1980, le Togo fut surnommé “la petite Suisse de l’Afrique». Les gains économiques réalisés dans les années 1970 ont considérablement baissé dans les années 80 à cause de la mauvaise gestion et la corruption gouvernementale.

Dans les années 1990, face à l’agitation croissante de son règne, Eyadéma a légalisé les partis politiques, libéré des prisonniers politiques, et accepté une constitution démocratique. Il a remis son pouvoir à un gouvernement de transition en 1991, en attendant des élections multipartites. Bien qu’il ait été facilement réélu en 1993, il y a eu des allégations de fraude électorale, une accusation qui a été répétée lors des élections ultérieures. L’Union européenne a suspendu son aide en 1993 pour protester contre les irrégularités présumées de vote et violations des droits de l’homme. Bien que partielles des relations diplomatiques ont été rétablies depuis.

Une enquête menée par les Nations Unies et l’Organisation de l’Unité Africaine après des élections contestées en 1998 a conclu qu’il y a eu des violations systématiques des droits de l’homme. Le contributeur Colleen Lowe Morna d’African Report a caractérisé le gouvernement du Togo comme étant «essentiellement un Etat autoritaire, avec le président qui domine toutes les branches et les fonctions du gouvernement, et prend des décisions gouvernementales par décret”.

En 1998, Eyadéma a commencé ce qui aurait dû, selon les termes de la constitution, être son dernier mandat en tant que président. Mais en 2002 la constitution a été modifiée pour abolir la durée du mandat, et Eyadéma a été réélu en 2003, encore une fois au milieu d’allégations de fraude électorale. Le contributeur Kenneth B. Noble du New York Times a alors appelé Togo “l’un des pays [africains] les plus fermés et répressifs du continent.”

Au début de 2005 Eyadéma a subi une crise cardiaque dans sa ville natale de Pya, et, tout en cherchant un traitement médical, il est mort en route vers la France. Son fils, Faure Gnassingbé, lui succéda comme président. A sa mort, la constitution du pays a été modifiée pour permettre à son fils d’être président à son tour mais l’opposition et les fortes contraintes internationales ont conduit à la tenue de nouvelles élections (Avril 2005).

En cette période commémorative de son décès, nous savons que malgré les crimes qui lui sont crédités, il fut aimé par ses proches et sa famille donc nos pensées vont vers la famille Gnassingbe mais aussi celles de ceux qui ont perdu leur vie pendant les 38 ans de sont règne.


avatar Soumis par le 6 Feb 2013 dans la/les categories A La Une, Opinions, Plume Libre. Pour rester informés des commentaires de cet article, vous pouvez souscrire au flux RSS 2.0. Togozine encourage les débats. Veuillez laisser vos commentaires en bas des articles. Les opinions des rédacteurs/personnes mentionnées sont fournies comme telles et ne reflectent pas systématiquement l'opinion du magazine.

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