Jean-Paul Abalo : «J’ai l’ambition de devenir sélectionneur du Togo»

Capitaine emblématique des Eperviers du Togo, le natif de Lomé revient sur son parcours plus qu’atypique. Sans oublier d’évoquer les difficultés de la sélection togolaise, qui traverse actuellement une période noire.

Que deviens-tu depuis l’arrêt de ta carrière professionnelle en 2008 ?

J’ai retrouvé la ville de Déols (Indre-et-Loire) près de Châteauroux. C’est une façon de boucler la boucle puisque cette ville était ma première destination quand je suis arrivé en France. Puis comme je ne souhaitais pas arrêter définitivement le football, j’ai pris une licence au sein du club de la ville, le FC Déols, qui évolue en Division d’Honneur. Je m’occupe également de l’équipe U15 du club. Pour finir, je passe actuellement mes diplômes d’entraineur.

Quel regard portes-tu sur ta carrière ?

Pour être sincère, j’ai un sentiment mitigé quant à ma carrière. Pour la simple et bonne raison que je n’ai jamais eu la chance de jouer en Ligue 1. Pourtant, j’en ai eu plusieurs fois l’opportunité. Lors de mes débuts en France, j’avais des contacts avec Saint-Etienne, Lyon et Troyes. Mais je n’avais pas de papiers français donc je n’ai pas pu m’engager avec eux. Finalement, Amiens m’a donné ma chance. A l’époque, j’ai également été approché par Saragosse mais mes problèmes administratifs ont une nouvelle fois eu raison d’un possible transfert.

Finalement tu es resté dix ans à Amiens …

Oui, ce club m’a énormément apporté. Avec lui, j’ai vraiment vécu le meilleur comme le pire. En 2000, nous descendons en National avant de disputer une finale de Coupe de France l’année suivante (perdue aux tirs au but face à Strasbourg, ndlr). Amiens aura toujours une place particulière dans mon cœur même si le club n’a pas prolongé mon contrat lors de l’été 2005.

Le début d’une période délicate ?

Oui clairement car je n’arrivais pas à trouver un club. Personne ne m’a tendu la main. Je me suis donc engagé en septembre 2005 pour Dunkerque, club de CFA. Pour moi, l’essentiel était de jouer et de m’entretenir physiquement sachant que je jouais toujours en sélection. Ensuite, il y a eu la Coupe d’Afrique 2006 où après notre qualification pour la Coupe du Monde, nous ne l’avons pas abordé de la meilleure des manières. Résultat, nous ne gagnons aucune rencontre et le sélectionneur Stephen Keshi est démis de ses fonctions.

« En tant capitaine du Togo, je me devais d’évoluer à haut niveau »

Après la CAN, tu signes à l’APOEL Nicosie, pourquoi ce choix ?

Je me suis engagé pour ce club seulement parce qu’il y avait la Coupe du Monde en juin. J’étais le capitaine de l’équipe, je me devais donc d’évoluer à haut niveau. Mais ça n’enlève rien à ce que je pense de Dunkerque, qui a su m’accueillir à un moment où personne ne souhaitait le faire. S’il n’y avait pas eu la Coupe du Monde en fin de saison, je serais peut-être resté dans le Nord.

Outre Chypre, tu découvres également le football grec. Que peux-tu nous dire sur ces aventures ?

Déjà à Chypre, même si je ne suis resté que très peu de temps (février à juin 2006), j’en garde plutôt un bon souvenir. Le championnat n’est pas forcément relevé et seulement cinq ou six clubs se disputent le titre. En Grèce, au club de l’Ethnikos Piraeus, nous étions en deuxième division mais avions une bonne équipe (avec Gamarra, M’Boli ou Giovanni, ndlr). Cependant nous n’avons pas réussi à accéder à la division 1.

Tu choisis ensuite de rallier le Soudan, un choix plutôt surprenant !

Oui, au début je ne souhaitais pas rallier ce pays. Mais l’entraineur d’Al-Merreikh n’était autre qu’Otto Pfister (sélectionneur du Togo du la Coude du Monde 2006, ndlr), il a su trouver les mots. J’avoue avoir été agréablement surpris, les installations étaient plutôt bonnes et j’ai découvert des joueurs dotés d’une technique au-dessus de la moyenne. Mais pour eux, le football est une simple passion et ils ne cherchent pas à partir à l’étranger. Concernant le niveau, on se rapproche de la Ligue 2 voire du National en France. Finalement nous finissons vice-champion et nous perdons en finale de la CAF, l’équivalent de l’Europa League en Afrique. Malgré tout c’était dur pour moi parce que Pfister est parti en octobre et je ne voyais ma famille que tous les deux mois.

Évoquons désormais la situation de la sélection togolaise. Comment qualifies-tu son niveau actuel ?

Depuis 2009, nous n’avons gagné qu’une seule rencontre (face au Botswana, 1-0), je pense qu’il n’y a rien d’autre à ajouter…

Quels sont les causes de cette crise ?

Elles sont multiples. Déjà la majorité des internationaux togolais ne sont pas titulaires au sein de leur club, enfin quand ils en ont un. Ensuite, le niveau du championnat togolais est très faible, là encore faut-il encore qu’il se déroule. Il n’est désormais pas rare qu’il n’y ait pas de compétition nationale. De ce fait, les jeunes togolais ne peuvent pas s’exprimer ni progresser, sachant qu’ils doivent être majeurs pour rallier l’étranger. Après on constate également une certaine réticence des clubs, notamment européens, à l’idée d’engager de jeunes togolais. Au final, le Togo a des générations entières qui sautent. Mais les joueurs ne sont pas exempts de tout reproche non plus…

Qu’est ce que tu sous entends par là ?

Quand j’ai débuté en sélection (en octobre 1992, ndlr), nous jeunes avions le respect des anciens. Nous étions disciplinés et à l’écoute, de joueurs comme Koffi Fiawoo par exemple. Au début des années 2000, tout ce respect a commencé à se perdre, les joueurs ralliaient l’Europe de plus en plus jeunes et prenaient la grosse tête. Tu ne pouvais plus rien leur dire. Ce phénomène s’accentuait d’année en année. On aurait dit une équipe de quartiers tellement il n’y avait aucun respect. Ils venaient en sélection comme ils partaient en vacances. Aucun sérieux, aucune ponctualité. Le pire c’est que les dirigeants ne faisaient rien et moi en tant que capitaine j’essayais de montrer l’exemple et de leur faire la morale. Mais c’était inutile. La qualification pour la Coupe du Monde a eu le mérite de recadrer l’équipe. Mais ensuite, tout a recommencé et aujourd’hui c’est du grand n’importe quoi !

On te sent profondément remonté …

Oh oui ! Pour être franc j’ai pour ambition de prendre les rennes de cette sélection. Mais pas dans l’immédiat. Temps que les dirigeants actuels de la fédération seront toujours en poste, je n’ai rien à faire là bas. C’est simple, ils ne comprennent strictement rien au football. Mais une chose est sûre, l’heure est vraiment grave pour le Togo.

Merci a Jonathan Lopes 


avatar Soumis par le 28 Oct 2011 dans la/les categories A La Une, Sports. Pour rester informés des commentaires de cet article, vous pouvez souscrire au flux RSS 2.0. Togozine encourage les débats. Veuillez laisser vos commentaires en bas des articles. Les opinions des rédacteurs/personnes mentionnées sont fournies comme telles et ne reflectent pas systématiquement l'opinion du magazine.

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