La cybercriminalité gagne du terrain à Lomé

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Les Togolais ne connaissaient pas le phénomène de la cybercriminalité il y a quelques années. Mais aujourd’hui, avec le succès à répétition des uns et des autres -Nigérians et Ivoiriens- dans ce domaine, la cybercriminalité a pris des proportions inquiétantes. Coup de projecteur sur ce monde où le mot « pitié » n’existe pas.

Chico, 22 ans et Ivoirien, arbore un t-shirt « Dolce Gabana » et porte un pantalon jeans qu’il se vante d’avoir acheté très cher. Il n’exerce officiellement aucune profession. Puisque n’ayant rien appris comme métier depuis qu’il a arrêté ses études. Pour nombre de ceux qui le connaissent, c’est un bon-à-rien. Contrairement à que ces personnes pensent, Chico exerce bel et bien un “métier”. Il est escroc ! Un “métier” qu’il a appris auprès de ses aînés. Et le soir où il a accepté se confier à nous, il est en compagnie d’un autre escroc, lui, togolais. Ce dernier, très angoissé par les révélations de son ami, va mettre fin à notre entrevue. Et ceci après que nous ayons appris comment il travaille. Nous décidâmes donc de mener en profondeur cette enquête. Et très grande sera notre surprise quand nous tombons sur une victime de ces cybers- escrocs.

Au goût du jour

« Je suis analyste financier à la Banque centrale de Grande-Bretagne. Durant deux ans, j’ai eu à prélever avec la complicité de notre directeur général 50 euros (soit près de 32.800 fcfa) sur l’épargne de tous les clients de notre banque. A l’heure où je vous parle, je peux vous assurer qu’à l’issue de cette opération, j’ai pu avoir 19 millions d’euros (environ 12.464.000.000 de fcfa). J’aimerai que vous m’aidiez à faire sortir cette somme de Grande- Bretagne, afin que je puisse venir investir dans votre pays », dixit le contenu d’un mail ! Ce jour-là, lorsque Albert, 35 ans, reçut le mail précité, il était tout à fait heureux d’être tombé sur une belle affaire.

Il ne s’était, en aucun cas, douté que son interlocuteur était un escroc de la pire espèce. Il s’est alors empressé de répondre favorablement à ce mail qui était pour lui une occasion sans pareille de se faire davantage de l’argent. Vu qu’il percevrait si l’opération réussissait : 19% du montant en jeu ; soit 3.61millions d’euros (presque 2.368.160.000 fcfa). Le lendemain de sa réponse, il reçut un autre mail dans le lequel il devait se faire passer comme étant le propriétaire des fonds en question auprès d’une banque dont le siège est à Cotonou ! Après avoir rempli quelques formalités, il reçoit en moins de 2 heures un coup de fil d’un autre escroc sur place (à Lomé) et se faisant passer pour un agent de la banque citée dans le mail de départ. Aux dires de son interlocuteur, il devrait verser une somme d’un million de fcfa pour amorcer la transaction.

Très excité, Albert commet l’imparable en envoyant par le biais du réseau « Western union » la somme en question. Une fois le transfert terminé, il prend le soin de rappeler le « faux employé » de la banque, qui, une fois ayant reçu le million, promit à Albert de le rappeler dans une heure. Ceci pour lui confirmer le transfert des 19% des 19 millions d’euros comme convenu. Très ravi après ce coup de fil, il jubila. Mais sa joie sera de courte durée. Elle va céder progressivement place à l’inquiétude, deux heures de temps après !!

N’ayant pas reçu le coup de fil de son « partenaire », il décide de le rappeler… Mais, très grande sera sa surprise. Le numéro de son interlocuteur n’était plus accessible. Malgré ce petit problème, il décide d’y croire toujours… Naïvement. Mais, il n’aura malheureusement plus de nouvelles de son partenaire !! Des exemples malheureux de ce genre sont légion. D’autres victimes, de peur de subir les railleries de leurs proches, n’osent pas parler de leurs mésaventures essuyées sur le net.

Mode opératoire

Au Togo, le phénomène de la cybercriminalité commence à prendre des dimensions inquiétantes avec l’arrivée massive des Ivoiriens (initiés à cette sale besogne par les Nigérians) ces derniers temps, suite à la crise sociopolitique que traverse leur pays.

L’exemple le plus récent en est l’arrestation d’un Ivoirien qui a réussi à escroquer la coquette somme de 40 millions de fcfa à un Togolais, après s’être fait passer pour le petit fils du défunt président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny. Ce dernier n’a malheureusement pas pu échapper à la police togolaise. Le phénomène perdure. Seul son mode opératoire a changé. Aujourd’hui, attirés par le gain facile, nombre de Togolais dont l’âge est compris entre 14 ans à 35 ans s’adonnent aussi à cette pratique. Ainsi, ils opèrent désormais sur les « réseaux sociaux » (Facebook, Twitter, etc.) et surtout sur les sites de rencontres amoureuses.

« Moi, je ne savais pas comment ça fonctionnait. J’ai appris à escroquer les blanches avec l’aide d’un ami ivoirien », explique Yaovi. Autrefois étudiant, il a décidé d’interrompre ses études après avoir réussi à arnaquer 450 euros (292.500 fcfa) à une blanche qu’il prétend aimer ! Et depuis son envie pour l’enrichissement facile et illicite ne cesse de s’agrandir. D’autres cybercriminels, plus habiles que Yaovi, se font passer pour des femmes, en publiant sur leurs profils (sur des sites ou réseaux sociaux, etc.) des photos érotiques qui ne laissent aucun homme indifférent !! Face donc à la beauté de ces photos, on ne peut que céder à la tentation en répondant favorablement au mail des escrocs des temps modernes. Une fois la confiance établie, ils ou elles font croire, généralement, à leurs cibles ceci : « Je suis une canadienne de 24 ans. Je vis à Londres et je suis à la recherche d’un homme sérieux à même de fonder un foyer ». Cette fois-ci, contrairement à la première méthode citée en supra, elle –l’escroc- vous fait croire qu’ « elle ne pense qu’à vous et que vous êtes l’homme dont elle a toujours rêvé ». Et ceci, sans vous avoir même connu. Ces personnes vous communiqueront par la suite un numéro de téléphone qui ne marche pas souvent.

Et quand il marche, vous tomberez sur quelqu’un qui vous fera croire qu’il est un membre de la famille (père, mère oncle…..) de l’escroc. Après cette étape de l’idylle, le criminel promet le ciel et la Terre à ses cibles. Entre autres la ou les faire venir au Canada. Pour rejoindre l’interlocuteur escroc, l’on demandera à la victime de contacter un de ses oncles qui travaille au service d’immigration. Ce dernier, lui aussi complice, vous demandera, de remplir une fiche, qu’il a pris le soin de télécharger sur le site officiel du service d’immigration canadien. Et de le retourner avec la somme de 350 euros (227.500 fcfa) pour les frais de dossier. Et si vous osez verser cette somme, vous subirez le même sort que nombre de victimes de ce phénomène.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres

Le nombre de cybercafés a doublé voire triplé dans la capitale togolaise ces dernières années. Malgré cela, il est difficile de se trouver une place dans ces lieux aux heures de pointe. La raison en est simple ; ils débordent de clients ; pour la plupart nigérians et ivoiriens. L’internet est devenu une arme pour ces cybers-escrocs avec laquelle ils ne se font pas prier pour déplumer leurs “poulets”.

Conscients de cet état de chose, les propriétaires de cybercafés à Lomé rivalisent d’imagination pour garder leurs clients qui travaillent de longues heures durant. « Mon cyber café fonctionne 24h /24h. Je ne le ferme jamais, à cause des clients étrangers », laisse entendre un jeune propriétaire de cyber. Pour lui, il n’est pas question de perdre du temps alors qu’il y a possibilité de se faire beaucoup d’argent. Puisque ses comptes sont ronds, le jeune propriétaire de cyber se préoccupe peu de ce que font ses clients. « Ce n’est pas mon travail de vérifier ce qu’ils font. On interdit juste l’ouverture de sites pornographiques à nos clients. Le reste ne nous regarde pas », se défend-il.

Le nombre des victimes de la cybercriminalité a augmenté d’une manière exponentielle dans le monde entier. Contrairement à certains pays développés qui disposent de mécanismes pour lutter efficacement contre ce fléau, l’Afrique et particulièrement le Togo ne dispose pas encore des moyens conséquents et véritables pour venir à bout de ces criminels du net. Les arnaqueurs continuent de courir.

Vos Commentaires et Reactions

2 COMMENTS

  1. J’aime bien votre article car il réveille la conscience des lecteurs sur l’existence de ces pratiques très fréquentes depuis un certain temps: le célèbre 419, le fishing, le social ingeniering … Cependant il serait complet si vous aidiez les internautes à éviter ces forfaits. Moi principalement, plusieurs fois, j’ai donné des séminaires sur la cybercriminalité mais ce n’est toujours pas suffisant pour les togolais car nous sommes très peu dans ce domaine. c’est un domaine où il faut faire de la pédagogie: informer, former, éduquer … toujours et toujours partout ou on peut avoir Internet: dans les ménages, écoles, universités, boulots …. Comme je le disais j’ai même un blog dédié à la sécurité internet: http://patricktako.over-blog.net/ mais il faut que d’autres accompagnent pour mettre à l’abri les internautes de la sous région

  2. qui va au cyber pour aller aider les gens a prandre tt ce aregtn c est bizza , j su si baite, nous somme o 21siecle et j pense ke tt le monde sais s que il cherche ok ,, ….dezol pour les malheureus entouka pas moi ok ,,,,,,hahahah

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