Le CAR de la refondation de la République

Au cours d’un point de presse tenu à son siège le jeudi 22 avril 2010, le Comité d’action pour le renouveau (Car) appelle à refonder la République et à rompre définitivement avec les dérives institutionnelles antirépublicaines qui ont gravement compromis le développement du pays durant les cinquante années passées.

Le parti de l’opposant historique Me Yawovi Agobyibo a saisi cette opportunité pour analyser la situation sociopolitique et économique du Togo. Il a par ailleurs annoncé qu’il ne s’associera pas aux festivités officielles entrant dans le cadre de la célébration du jubilé d’or de l’indépendance.

Déclaration du Comité d’action pour le Renouveau

L’histoire post-coloniale du Togo à ce jour, c’est l’histoire d’un peuple au rêve brisé. Tout passé, quel qu’il soit, a ses charmes. Et si nos parents s’étaient vaillamment battus pour s’affranchir du joug colonial, c’est afin que les générations à venir puissent vivre dans un Togo meilleur.

C’est le lieu de rendre hommage à ces valeureux combattants et de saluer la mémoire de tous ceux qui ont laissé leur vie sur le champ de bataille.

Aucun d’entre eux ne pouvait s’imaginer que 50 ans après, le pays allait être dans l’état actuel de délabrement. Le bilan est à tous égards angoissant. L’agriculture est aujourd’hui moins prospère que naguère et ne laisse pas entrevoir de perspectives devant favoriser de si tôt un développement industriel susceptible d’offrir des opportunités d’emplois aux jeunes. Les infrastructures routières, scolaires, sanitaires sont dans un état lamentable. Le pouvoir d’achat des agents de l’Etat, des travailleurs du secteur privé, du monde rural a considérablement chuté. La misère est effrayante dans toutes nos villes et campagnes.

Le feu président Eyadema sous-estima la gravité de la situation pour l’avoir prise pour une crise simplement financière qu’il pouvait surmonter en appelant au secours le FMI et la Banque Mondiale au début des années 80. Les mesures drastiques imposées au pays par ces institutions de Bretton Woods, loin d’atténuer la crise, l’ont au contraire aggravée.

Il a fallu les soulèvements populaires du 5 octobre 1990 et du 16 mars 1991 pour que le régime se rende à l’évidence que par delà ses manifestations économiques et financières, la crise est d’essence politique. La classe politique et les partenaires en développement du pays se sont accordés sur l’idée que la racine de notre mal, c’est le déficit démocratique.

Et c’est en vue de contribuer à trouver des solutions à ce déficit démocratique que l’Union Européenne et les autres partenaires en développement du Togo ont poussé le régime en place à avoir avec l’opposition plusieurs discussions, dont notamment celles sanctionnées par l’Accord Politique Global (APG) du 20 Août 2006.

Par cet Accord historique, le parti au pouvoir, le RPT, s’est engagé à prendre les mesures susceptibles de remédier au déficit démocratique qui bloque le développement du pays, ce déficit étant compris par toutes les parties prenantes à l’Accord comme étant non seulement l’absence d’un cadre électoral garantissant des élections régulières et transparentes, mais également l’absence de règles et institutions de nature à assurer un fonctionnement normal de l’Etat républicain. Les réformes prescrites par l’APG pour remédier aux deux aspects du déficit démocratique constituent un seul et même ensemble, des élections régulières et équitables n’étant pas concevables dans un contexte institutionnel où le fonctionnement de la République est déficient.

Il s’est trouvé que dans la mise en œuvre des dispositions ainsi prescrites par l’Accord Politique Global pour remédier au déficit démocratique, le parti au pouvoir a fait preuve d’une mauvaise foi qui a finalement rendu impossible le changement démocratique recherché.

En effet, si sous la pression des événements, le RPT a fait semblant de concéder un certain nombre de mesures concernant le cadre électoral, il s’est en revanche employé à bloquer systématiquement toutes les réformes susceptibles de mettre fin à son emprise sur les institutions républicaines, de sorte que ces institutions qui devraient garantir le fonctionnement régulier de la République, y compris l’encadrement des processus électoraux, continuent à être contrôlées par des personnes qui sont à la dévotion du régime.

On s’en est aperçu lors du scrutin présidentiel de 2010. Les diverses institutions qui devraient concourir par leur neutralité républicaine à l’équité des élections ont œuvré de façon ouverte, à la réélection du candidat-président. Il en a été ainsi de la HAAC, de la Cour Constitutionnelle, des ambassadeurs rappelés, des magistrats présidents des juridictions, des préfets, des maires et conseillers nommés par décret, des chefs traditionnels, des hauts gradés de l’armée et des forces de sécurité, des dirigeants des sociétés d’Etat, des directeurs des administrations centrales et les responsables des régies financières de l’Etat …

Le régime n’ayant pas tenu compte des anomalies constatées lors des élections du passé pour prendre, en application de l’ APG, des mesures institutionnelles qui dissocient le droit des électeurs de choisir librement entre les candidats et l’obligation ‘pour les tenants du pouvoir de gérer les ressources nationales au profit de tous les citoyens et localités quel que soit le sens de leur vote, les équipes de campagne du parti au pouvoir se sont employées à inculquer dans l’esprit des populations l’idée antirépublicaine selon laquelle, elles ne peuvent avoir accès aux emplois publics, aux marchés d’Etat ainsi qu’aux infrastructures communautaires qu’en votant en faveur du candidat-président.

Le CAR tient à réitérer son refus de reconnaître la validité du scrutin du 04 Mars 2010 en raison des graves irrégularités qui l’ont entachées et condamne avec vigueur les violations des droits de l’homme qui s’en suivent, ce qui dénote que 50 ans après son accession à l’indépendance, notre pays se trouve toujours dans l’incapacité d’organiser des élections qui ne débouchent sur des lendemains douloureux et sans issue.

Il est impérieux et urgent que des dispositions nécessaires soient prises pour refonder la République et rompre définitivement avec les dérives institutionnelles antirépublicaines qui ont gravement compromis le développement du pays durant les cinquante années passées.

En vue de se pencher sur les actions à entreprendre à cet effet, le CAR a décidé de se retrouver en journée de réflexion le 08 Mai 2010.

Fait à Lomé, le 22 mars 2010
Le Président National

Me Dodji APEVON


avatar Soumis par le 23 Apr 2010 dans la/les categories Actualités. Pour rester informés des commentaires de cet article, vous pouvez souscrire au flux RSS 2.0. Togozine encourage les débats. Veuillez laisser vos commentaires en bas des articles. Les opinions des rédacteurs/personnes mentionnées sont fournies comme telles et ne reflectent pas systématiquement l'opinion du magazine.

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