Le Décalé coupé, “Mode d’emploi”

Lumière sur une tendance musicale qui emballe toujours: le Coupé décallé (Avec le précieux concours de DJ Lucky de la Côte d’Ivoire).

Ils ont tous fini par l’adopter, toute la jeunesse africaine surtout francophone, et le rythme apparait comme une véritable musique fédératrice.

Une nouvelle ère musicale souffle sur toute la jeunesse avec à la clé un déferlement de mots crus mélange français dialectes sous-tendus d’une harmonieuse percussion à l’africaine… très entraînante. Et autour gravitent d’autres rythmes, comme des rythmes satellites le Bobaraba par exemple ou la « danse des fesses » ou bien encore le Kpongor du fameux DJ Léwis de la Côte d’Ivoire.

C’était sous la férule d’un certain feu Stéphane Doukouré alias Doug Saga et de son fameux club la Jet Set que le Coupé Décalé est connu pour être la musique des “boucantiers”, c’est à dire de ceux qui font du boucan. Et le rythme fait toujours vague. Jusqu’à éclipser le Ndombolo congolais, le Makossa camerounais et beaucoup d’autres rythmes africains encore en vogue en ces débuts 2000. Même le grand Meiway a été forcé d’y adapter son rythme fétiche de toujours, le Zoblazo.

Décalé coupé a bien été un véritable rythme fédérateur non seulement en ces années belliqueuses et difficiles de la Côte d’Ivoire, mais aussi dans toute l’Afrique diaspora y comprise avec adoption de tout un style comportemental.

Une nouvelle habitude vestimentaire naît très à la mode : Les fameux design ou sagacité comme on les appelle au Togo, ce sont des chemises et des T-Shirt cousus, taillés, serrés très justes à la taille ; des pantalons à coupes pile sur mesure avec des chaussures bien pointues. Des lunettes à montures éclatantes avec des verres fumés. Toute une extravagance appuyée d’une vulgarisation des grandes marques vestimentaires-Dolce & Gabanna, Versace ou Gucci-et des parfums de grandes maisons. Toute la jeunesse en Afrique au Sud du Sahara est conquise pour le bonheur des faussaires qui se sont emparés de ce vaste marché et l’inondent de copies des grands couturiers.

Le marché de la piraterie a en conséquence connu un autre élan tout particulier. En ces années 2000, et jusqu’à ce jour les CD et DVD ou les vêtements de grandes marques se vendent comme de petits pains sur les trottoirs. Ce qui fait qu’au moins la jeunesse subsaharienne peut prétendre à un avantage qui n’était encore réservé qu’à une petite couche de la société il y a encore quelques années. Plus de bien à ces pauvres jeunes délaissés que de mal !

DJ Lucky du bar maquis Le Rêve de Lomé.

DJ LuckyTogozine : Bonjour Lucky. Vous êtes artiste chanteur ivoirien. Vous êtes musicalement engagé et vous avez notamment milité au sein du collectif « 4X4 Tout terrain » avec le titre Effort de Paix, un collectif qui a dénoncé comme d’autres groupes musicaux la guerre en Côte d’Ivoire. Vous résidez actuellement à Lomé dans le cadre de votre nouvel album. Vous jouez chaque nuit au Cabaret Bar Le Rêve ici à Lomé où vous interprétez Ismaël Lo, Papa Wemba, Lokoa kanza ou même le grand Manu Dibango. Vous avez également épousé une Togolaise que vous dites adorer beaucoup ?
Lucky (Rire). Oui, je l’aime et tout quoi.

Togozine : D’ailleurs vous connaissiez déjà bien le Togo et aviez déjà donné plusieurs concerts à Lomé notamment avec l’artiste Togolais Nono.
Vous avez bien voulu nous éclairer sur ce rythme ivoirien le décalé coupé qui a tant marqué la jeunesse africaine en ces années 2000.
Lucky : Oui. Toute la jeunesse en Afrique Occidentale a été conquise surtout le Togo qui est une plaque tournante de la musique dans la sous-région.

Togozine : D’abord dites-nous, pourquoi avoir choisi le Togo pour préparer votre nouvel album ?
Lucky : En fait je suis à la recherche de sonorités africaines. Mais comme toujours le Togo est indiqué pour l’expérimentation de la musique en Afrique de l’Ouest, j’ai choisi d’y travailler. Et aussi, j’ai voulu travaillé sur un instrument typiquement togolais : le Tokê utilisé surtout dans le nord en pays Kabyè. Très utile pour le High Life.

Togozine : Vous qui connaissez bien le panel musical ivoirien, que représente le décalé coupé en Côte d’Ivoire, qui en sont les précurseurs ou à l’origine ?
Lucky : A l’ origine les Ivoiriens en avaient marre de la musique congolaise, le Ndombola de Koffi Olomidé et autres présent partout dans les maquis, les soirées ou les anniversaires. En ce moment le Zouglou qui était une musique estudiantine disparaissait. Que faut-il faire ? L’initiative est venue des DJ. Ils ont commencé par l’Atalaku qui signifie “éloge“. Les Dj font du sample et y mettait des paroles élogieuses dans le but de rendre hommage aux promoteurs de grands magasins ou des personnes du show Biz ivoirien ou toute personne VIP le méritant. D’autres ont commencé par y mettre de la percussion, travaillent un peu plus le rythme et voilà, le Décalé coupé est né.

Togozine: Comment expliquez vous toute cette effervescence autour de cette musique en Afrique et dans sa diaspora notamment le style vestimentaire, la danse ? Finalement on remarque que tout le monde veut faire du Décalé coupé ?
Lucky : Le grand promoteur de cette musique est feu Doug Saga. C’était lui avec sa touche particulière et ses voyages à travers l’Europe qui contribua à l’exportation et l’effervescence autour de ce rythme. Le style vestimentaire reflétait l’habitude des ivoiriens bien sapés à faire la fête chaque fois dans les maquis avec leurs “go“. Doug Saga lui a l’argent donc il s’y est pris comme il peut. Son travail reste de taille et son action est toujours appréciée en Côte d’Ivoire.

Togozine : Qui sont ces fameux DJ du Décalé coupé ?
Lucky : De simples DJ de Bars-maquis ou de boîtes de nuit.

Togozine: Si on vous donnait l’occasion de donner votre jugement sur ce genre musical que nous diriez vous ? Lucky : On l’écoute. Il est bon, plus boucan que le Zouglou ou le Zoblazo. Mais actuellement, il est en disparition en Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens sont à la recherche d’autres sonorités. Je ne peux ajouter autre chose.

Togozine : La rumeur dit que feu Doug Saga volait les sommes qu’il redistribuait ensuite pendant ses manifestations. Est-ce exact ?
Lucky : Tout ce que je sais, c’est qu’il a l’argent et en distribue partout pendant ses concerts : l’euro aux européens, le dollar aux américains etc…

Bien qu’en perte de vitesse, le Coupé Décalé a été à l’origine d’une identité propre à la jeunesse subsaharienne avec tous les rythmes satellites qu’il a engendré. Encore que grâce aux copies, cette jeunesse n’a rien à envier aux habitudes vestimentaires européennes.


avatar Soumis par le 5 Nov 2010 dans la/les categories A La Une, Musique. Pour rester informés des commentaires de cet article, vous pouvez souscrire au flux RSS 2.0. Togozine encourage les débats. Veuillez laisser vos commentaires en bas des articles. Les opinions des rédacteurs/personnes mentionnées sont fournies comme telles et ne reflectent pas systématiquement l'opinion du magazine.

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