Le nouveau look du business des ordures

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Ils envahissent nos rues. Ils ne sentent pas bons. Ils sont, depuis les années 1990, un véritable problème sanitaire. Nos déchets : comment s’en débarrasser ? Face à ce problème qui concerne autant l’Etat que les citoyens eux-mêmes, d’anciennes associations de ramassage d’ordures viennent d’acquérir le statut d’entreprises. Avec cette évolution, leur principal outil de travail s’est également modernisé. Pourtant, des dysfonctionnements subsistent. Pour nous éclairer, le responsable de l’entreprise Legéant, Guy Adjiwanou, 49 ans, et le secrétaire administratif de Vis-à-vis, Koffi Agbolan, 26 ans, ont accepté de répondre aux questions de Togozine.

Togozine : Quand avec-vous débuté cette activité de ramassage des ordures ménagères ?

Guy Adjiwanou : J’ai débuté avec mon association en septembre 1999 avec des charrettes à traction humaine. Maintenant nous disposons de charrettes motorisées depuis janvier 2010 mais à l’époque il existait plus d’une centaine d’associations du même type qui utilisait des charrettes à traction humaine. Aujourd’hui, l’Etat nous a contraints à devenir des entreprises, et elle a prévu prélever des taxes en retour. Lomé est divisée en 27 zones couvertes par l’ensemble des différentes entreprises. Les banlieues comme celle d’Adidogomé ne sont pas comprises dans ce découpage. Dans ces quartiers, les responsables utilisent toujours des charrettes à traction humaine. Mais des appels d’offres ont déjà été lancés en début d’année afin que ces populations puissent jouir de la même qualité de travail que les personnes du centre-ville. J’habite dans un quartier que j’ai vu se dégrader à cause de ce problème de déchets. C’est une démarche que beaucoup ont voulu assumer.

Togozine : Est-ce à dire que ces démarches citoyennes étaient devenues une nécessité ?

Guy Adjiwanou : Bien sur. Avant, la Sotoema, qui existait depuis 1975, s’occupait de ce travail de ramassage. Cette entreprise privée en contrat avec l’état pour l’enlèvement des ordures à Lomé. Pour lui payer ses prestations, l’état prélevait des taxes appelées « taxes sur les ordures ménagères » tous les mois sur les salaires des fonctionnaires destinées à garantir la propreté du pays. Avec l’accroissement des villes, les charges de l’entreprise se sont accrues, et l’état n’a pas pu suivre.

Togozine : Vous disposez maintenant de bennes motorisés, à l’inverse des petites associations toujours sur le marché. Vous font-elles tout de même de la concurrence ?

Guy Adjiwanou : Oui, parmi ces associations toutes n’ont pu muter en entreprises et ne devraient plus intervenir sur le terrain selon les accords signés entre la mairie de Lomé et nos entreprises mais elles continuent tout de même leurs activités, ce qui compliquent notre travail. C’est pourquoi vous verrai des charrettes motorisées croiser des charrettes à traction humaine dans les rues de la capitale. Depuis nos débuts, je crois que les gens ont compris que cela peut être une activité rentable. Personnellement, nous tarifons nos prestations selon le nombre de ménages d’une habitation et selon le volume de déchets. Mais ces associations cassent les prix dans le but de se maintenir sur le marché. Cela entraine des résiliations de certains de nos contrats avec les habitants. Or, nos prestations sont de meilleures qualités. En termes de volume tout d’abord, nous disposons de bennes plus grandes. Enfin, en terme de propreté, puisque nous couvrons nos tracteurs afin que le vent ne disperse pas les déchets, à nouveau, les déchets ramassés. Enfin, nous balayons les ordures tombés en dehors des paniers des ménagères afin d’y laisser un endroit propre et sain.

Togozine : Vous êtes vous-mêmes agent de propreté dans la ville de Lomé. Expliquez-nous votre journée-type ?

Koffi Agbolan : Nous commençons le travail à 6 heures du matin. Sur le terrain nous avons douze agents pour deux tracteurs, soit six personnes par tracteurs dont le chauffeur de l’engin. Nous sommes censés travailler de 6 heures à 11 heures du matin les lundis, mardis, jeudis et vendredis. Toutefois, il nous arrive régulièrement de poursuivre jusqu’à 14 ou 15 heures lorsque notre travail n’est pas terminé. Egalement, il nous arrive de travailler les mercredis, toujours lorsque la nécessité s’en fait sentir. Cela est dû à la grande saleté de certains quartiers comme Bè-Apéyémé ou Bè-Bassadji.

Togozine : Comment organisez-vous votre travail sur le terrain ?

Koffi Agbolan : Nous divisons la zone dont nous avons la charge en quatre sous-zones que nous traitons l’une après l’autre. Il est ainsi plus facile d’y entretenir un suivi, car on connait les habitants et ils nous connaissent. Pour ce faire, nous disposons d’une tenue appropriée : gants, blouse, bottes et cache-nez.

Togozine : Où vont nos ordures une fois ramassés par vos soins ?

Guy Adjiwanou : Le principal dépôt se trouve à Agoué mais d’autres dépôts intermédiaires sont en cours de construction mais certains sont finis comme à Bè-Avéto, par exemple. Le but est de lutter contre les dépôts anarchiques et sauvages que chacun alimente et dont certains existent en toute complaisance depuis les années 1990. Lors de nos pourparlers avec la Mairie, il a été décidé de les supprimer. Selon les décisions prises, cela aurait dû se faire au début de l’année 2010.

Togozine : Vous parliez de dépôts sauvages alimentés par les riverains. Le Togolais n’a-t-il pas l’habitude de faire appel aux ramasseurs d’ordures pour collecter ses déchets ?

Guy Adjiwanou : L’incivisme a gagné la population depuis 1990. Les dépotoirs sauvages sont tout aussi bien de la responsabilité de l’état que de la population qui doivent veiller à ne plus les créer ou les faire perdurer en y déposant des déchets. Ils causent des maladies mais la plupart l’ignorent. C’est pourquoi il faut lutter contre les dépotoirs sauvages. Un plan de communication, qui se fait un peu attendre, a également était prévu pour informer et sensibiliser la population à adhérer au nouveau système conçu autour des entreprises qui elles-mêmes utilisent la tractation motorisée. C’est une nouveauté dans la sous-région qui pourrait faire des émules si les habitants de la ville de Lomé commençaient par montrer l’exemple.

Togozine : La plupart des associations viennent de devenir des entreprises et l’Etat soutient celles-ci depuis janvier 2010. Pouvez-vous nous dire quels changements vous avez constatés depuis lors ?

Koffi Agbolan : Le changement n’est pas encore palpable pour tout un chacun mais nous, nous constatons que les bonnes pratiques reviennent peu à peu. Les choses ont également commencé à bouger au niveau de la mairie donc on observe avec vigilance et on verra. Le plus urgent est d’abord de changer les mentalités par la formation et l’information du plus grand nombre.

Togozine : Selon vous, quelles améliorations restent à entreprendre pour une ville plus propre et plus saine ?

Guy Adjiwanou : Certains quartiers sont mal urbanisés. C’est le cas des quartiers comme dans certains secteurs de Bè par exemple, où les maisons sont si mal agencées que le travail y est rendu plus difficile. Il reste beaucoup à faire comme curer les caniveaux plus régulièrement comme cela a commencé à être fait. Cela faisait environ cinq ans qu’on ne l’avait plus fait. C’est un défi que nous devons relever mais toute la population est consciente que cela doit changer. Lomé doit retrouver ses lettres de noblesse.


Lomé-Ville propre

A noter aussi, une belle initiative : Lomé ville propre. Quelques samedis dans l’année, décidés par l’état togolais, le gouvernement incite les Togolais à sortir dans les rues pour rendre la ville plus propre, comme son nom l’indique. Les gens sortent ainsi sur les boulevards pour nettoyer et balayer en cadence des artères entiers de la ville. Ils sont souvent en petits groupes et bloquent certaines routes ou portions de routes pour ce faire. Seulement, peu de personnes répondent à cet appel qui existe depuis déjà des années. La plupart des citoyens balayent déjà quotidiennement devant leurs maisons. Ainsi, les Comités de développement des quartiers (Cdq)sont associés à ces démarches à chaque séance de grand nettoyage. Des fois, les militaires sont également réquisitionnés pour cela.

Par Christelle Mensah

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