Les faux médicaments au cœur du système de santé

 Les faux médicaments tuent

Les faux médicaments tuent

Véritable fléau qui gangrène notre société, le trafic de médicaments frauduleux prolifère à Lomé. Ils proviennent principalement du Nigéria, d’Indonésie, d’Inde et de Chine pour ne citer que ces pays. Dans la capitale, des femmes vendent ces médicaments aux abords des voies publiques au vu et au su des autorités toujours inactives.

Le 1er décembre 2009, Komlan Mally, alors Ministre de la santé, a procédé à la destruction de faux médicaments saisis à l’aéroport de Lomé. Des cartons de médicaments illicites ont été ainsi brulés au champ de tirs d’Agoènyivé, une banlieue de Lomé. En le faisant, Komlan Mally prétendait lutter contre les faux médicaments et démontrait que les décisions de l’appel de Cotonou n’étaient pas entrées dans les oreilles d’un sourd. Or, les togolais savent que les pharmacies ont dans leurs stocks de faux médicaments qu’elles cèdent aux populations et que la plupart des médicaments illicites transitent par les frontières terrestres au nez et à la barbe des douaniers et agents de contrôle.

Kodjo nous dit vendre régulièrement des médicaments venus d’Europe à des pharmacies de la place. On se pose donc des questions sur les conditions de conservation de ces médicaments. Il nous assure d’ailleurs qu’elles les achètent moins chers pour les vendre au prix normal du marché. Pire, nous avons vu des boîtes de vitamines avec une notice entièrement en allemand vendus en pharmacie.

Maman Kanko nous affirme que ces médicaments vendus au bord des voix traitent mieux son rhumatisme que ceux des officines. Elle nous informe ensuite de leurs prix très bas. Certaines personnes au-delà même du coût sont convaincus de l’efficacité de ce genre de médicaments. Cela ne favorise guère la lutte contre ce trafic. Que dire alors des pseudos laboratoires traditionnels qui pullulent dans la capitale. Même si l’État a arrêté les nombreux publi – reportages des tradi -praticiens qui crevaient les écrans de la télévision togolaise il y a encore cinq ans, ces derniers opèrent toujours.

L’appel de Cotonou

L’appel de Cotonou contre les faux médicaments from Fondation Chirac on Vimeo.

L’ancien Président de la République Française, Jacques Chirac a lancé le lundi 11 octobre 2009 au Bénin “l’appel de Cotonou”, en prélude à une campagne de mobilisation de sa Fondation contre les médicaments falsifiés. Selon l’OMS, l’éradication des faux médicaments permettrait de sauver 200.000 vies chaque année dans le monde.

C’est un traffic encore relativement dans l’ombre, comparé à celui de la drogue ou des armes. Pourtant, il est aussi mortel. Ce traffic progresse constamment, et représente aujourd’hui 10% du marché pharmaceutique mondial, soit 45 milliards d’euros selon les calculs de l’Organisation Mondiale de la Santé.

“Il est en train de passer devant le trafic de drogue”, s’inquiète le Pr Marc Gentilini, délégué général pour l’accès aux médicaments de qualité de la Fondation Chirac.

Les médicaments moins chers

Ce commerce est en effet florissant. L’OMS, note qu’un comprimé de faux Viagra coûte 0,05 dollar à fabriquer et que le bénéfice est de 6 000 à 20 000 %, selon qu’on le vende sur internet (3 dollars) ou sur le marché officiel (10 dollars). Au mieux, ces faux médicaments sont inefficaces, au pire, ils tuent. Il y a eu 300 morts au Panama en 2006 à la suite de la contrefaçon d’un élément d’un médicament. Près de 100 bébés sont morts au Nigéria en 2008, après avoir absorbé du faux sirop de paracétamol. En Afrique, les faux médicaments contre le paludisme, sous dosés et/ou contenant des produits toxiques font des ravages. La pauvreté dans laquelle certaines populations vivent ne leur permettent pas de s’offrir de vrais médicaments. Résoudre ce problème doit d’abord passer par l’amélioration de leur pouvoir d’achat et du système de santé publique.

Ainsi retrouve t-on au grand marché de Lomé, un coin où opèrent les vendeurs de médicaments, soit disant en provenance d’Europe. Cela donne aux traficants un peu de légitimité à la connaissance de tous, y compris des autorités. On n’en sortira jamais si les actions gouvernementales ne devenaient pas plus incisives et les acteurs sévèrement réprimés. Avant tout, chacun de nous devrait bouder ces médicaments pour leur bien-être.

Illustration AttributionNoncommercialpar ThomasThomas


avatar Soumis par le 28 Aug 2010 dans la/les categories A La Une, Santé. Pour rester informés des commentaires de cet article, vous pouvez souscrire au flux RSS 2.0. Togozine encourage les débats. Veuillez laisser vos commentaires en bas des articles. Les opinions des rédacteurs/personnes mentionnées sont fournies comme telles et ne reflectent pas systématiquement l'opinion du magazine.

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