Lettre Ouverte au Président de la République Son Excellence Faure E. Gnassingbé

Wahhab Kwasi Nene

Wahhab Kwasi Nene

Monsieur le Président, Nicolas Machiavel dans sa lettre adressée à Laurent le Magnifique, fils de Pierre de Médicis soulignait que : « Ceux qui ambitionnent d’acquérir les bonnes grâces d’un prince ont ordinairement coutume de lui offrir, en l’abordant quelques-unes des choses qu’ils estiment le plus entre celles qu’ils possèdent, ou auxquelles ils le voient se plaire davantage… » Désirant moi me présenter à vous, je n’ai trouvé dans tout ce qui m’appartient rien de plus précieux que ma vérité, mon coup de gueule et mon témoignage sur certains faits et sur une petite réalité du quotidien du peuple togolais que j’ai vécus aux prix de plusieurs sacrifices dans un long cours d’années.

Quoique je regarde cette lettre ouverte comme non exhaustive, je garde comme Machiavel, la confiance qu’elle trouvera grâce à vos yeux et que votre indulgence daignera l’agréer, lorsque vous voudrez bien songer que le plus grand présent que je pusse vous faire était de vous dire cette vérité qu’aucun de vos conseillers ne vous dira, mais qui vous permettra d’avoir les pieds sur terre afin d’être plus près de votre peuple. Sachez Monsieur le Président que je n’ai rien inventé dans cette lettre ouverte pour m’attirer une grâce quelconque, ni pour m’attirer vos foudres et encore moins celles de vos collaborateurs. J’ai tout simplement voulu que ma lettre tirât son lustre, sa quintessence dans sa sincérité, de son propre fond et que la vérité ou la naïveté qui en émanaient en soient les seuls agréments.

Monsieur le Président, la critique semble-t-il et je le sais aussi, est très facile. Il parait qu’il vaut mieux la garder pour soi, car c’est souvent au patron, je veux dire au chef de l’Etat d’assumer les responsabilités des décisions prises puisqu’il a semble-t-il en général une vision beaucoup plus transversale des problématiques d’un pays et de son peuple. Chacun doit donc garder sa place. Et Il n’y a qu’Iznogoud qui a le droit de vouloir être Calife à la place du calife. Toutefois, permettez –moi de vous dire que parfois et même souvent, les politiques et princes enfermés dans leurs bulles, sont déconnectés de beaucoup de réalités du quotidien de ce peuple dont ils se gargarisent et se réclament, et sont la plupart des temps aux antipodes de ce peuple. Raison pour laquelle certaines voix dont la mienne s’élèvent pour sonner l’hallali.

Aujourd’hui, le Togo notre pays aborde un tournant décisif de son histoire, de son avenir politique et de sa cohésion sociale sous votre principat. Ce qui réjouit certains d’entre nous d’ailleurs. Toutefois, en tant que citoyen togolais, j’ai fait miens ces propos de John Fitzgerald Kennedy qui disait à juste titre : « Ne demandez jamais ce que votre pays peut faire pour vous mais plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays. » Je ne voudrais donc pas être en reste en ruminant dans mon coin certains reproches que j’ai à votre endroit, ni vous juger à tort ou à raison comme certains. Feu Gnassingbé Eyadema votre père disait toujours que « lorsqu’on aime quelqu’un, on lui dit la vérité. »

Après avoir mûrement réfléchi et contre l’avis de certains proches, je me suis décidé à vous envoyer cette lettre pour vous dire le fond de ma pensée. Par la présente, n’y voyez donc pas un acte de défiance ni d’insolence, car je ne tiens point à mourir pour ce pays mais à vivre pour le Togo. J’espère aussi que vous ne jugerez pas mon acte et ma démarche comme un outrage ou un manque de respect à votre égard, mais que vous les comprendrez comme les points de vue synoptiques et panoptiques du citoyen togolais que je suis et beaucoup plus, comme mon apport dans le prolongement du débat citoyen sans lequel nous ne pouvons pas harmoniser nos idées pour avancer, et enfin comme ma contribution au nom de la démocratie participative que vous prônez. Car, contrairement à beaucoup de nos concitoyens qui ont vécu des brimades et injustices ces dernières années, moi je n’ai rien vécu de tel et n’ai donc rien à déclarer à la CVJR, mais tels seront par contre mon verbatim et ma contribution.

Pour votre gouverne, sachez Monsieur le Président que j’ai volontairement gardé le silence ces 5 dernières années pour mieux observer et analyser la situation politique et sociale de notre pays afin de mieux cerner les tenants et les aboutissants de certains actes posés par vous et par nos politiciens. Aujourd’hui, je suis persuadé et convaincu contrairement à beaucoup qui voient en la politique un moyen de s’enrichir ou un tremplin pour l’accès au pouvoir dans le cadre d’une compétition électorale, moi je suis tout simplement convaincu que dans la politique doivent se décider les options essentielles de tout un peuple car en son sein se jouent le destin de ce peuple et celui d’une nation. Malheureusement, tel ne semble pas être le cas sous nos cieux, où la politique est devenue pour parler comme mon Maître et Professeur, une cybernétique c’est-à-dire, l’art de rassembler des foules et de les mettre en mouvement sans conscience aucune. Le comble Monsieur le Président, c’est que par effets collatéraux, la politique dans notre pays a phagocyté et abruti notre jeunesse, surtout estudiantine qui est instrumentalisée jusqu’à devenir elle-même le vecteur de la politique politicienne. Résultat, beaucoup de togolais sont dégoutés par la politique ou en ont une peur bleue. Mais moi je pense comme le dis mon père que lorsqu’on ne fait pas la politique, la politique elle vous fera. Je ne pense pas non plus Monsieur le Président, que la politique soit un concours gastronomique où le dégout puisse nous surprendre car comme le soulignait Pie XI, grand chef religieux du siècle dernier : « la politique est la plus haute expression de la charité ».

J’ai donc préféré durant ces 5 dernières années garder le silence dans des voyages au prix de beaucoup de peines et de dangers, au contact du peuple profond, dans la réflexion, dans l’écoute et l’observation qui à mon humble avis sont des données fondamentales de la communication directe et efficace. J’ai l’ultime conviction que le citoyen politique togolais que je suis, ne doit pas se permettre de perdre ses repères. Je vis donc malgré moi la politique dans mes rapports quotidiens avec la bonne femme qui me vend des denrées au marché, dans mes discussions avec les chauffeurs de taxis ou de zémidjan, dans mes discussions avec mes jeunes frères étudiants. Etc…

Mon constat aujourd’hui est que, notre pays est traversé avec brutalité par des changements qui bousculent les repères. L’incertitude est devenue Monsieur le Président, la chose la mieux partagée des togolais et le déroulement des événements paraît échapper à tout contrôle. Les valeurs morales et citoyennes sont balayées sans ménagement et ont quitté notre cité. Aucun amour pour la patrie. Avec l’approfondissement de la démocratie, les citoyens togolais sont au sein de la crise. Crise au sens du philosophe italien Antonio Gramsci : « quand le vieux meurt et le neuf hésite à naître.. » ou pour parler plus prosaïquement comme Tocqueville : « le passé n’éclairant plus la vie, l’esprit marche devant les ténèbres ». Le silence, la réflexion, le refus de toutes critiques stériles, les voyages à l’intérieur du pays, l’écoute du peuple profond et l’observation sont des éléments politiques que j’ai voulus savoir gérer pour garder cette conviction dans l’idéal qui fonderait mon engagement politique. Telle était la signification de mon attitude observée ces dernières années mais que je décide de rompre aujourd’hui malgré moi.

Une petite parenthèse : sachez Monsieur le Président, que j’avais déjà eu dans le passé à poser le même acte avec feu votre père que j’ai toujours considéré non seulement comme un ami personnel, mais aussi comme un père putatif, à qui j’avais envoyé un fax quelques semaines avant son décès pour lui exprimer la même déception que j’aie aujourd’hui, et que pour ce fait j’avais été convoqué à 5heures du matin à Lomé 2 afin de lui exprimer directement les griefs que j’avais contre lui à l’époque. Nous avions échangé, il m’a compris et c’est après qu’il m’a dit qu’il appréciait cette audace et surtout cette franchise car avait-il souligné : « Lorsqu’on aime quelqu’un, on lui dit la vérité ».

Pour commencer, je dois vous avouer Monsieur le Président, que je fais partie des togolais qui n’ont pas apprécié votre irruption à la tête de ce pays dans les conditions que vous savez et sur lesquelles je n’aimerais pas revenir ici puisque tel n’est pas l’objet de ma lettre. Sachez aussi que je fais partie de ceux qui se sont accommodés de votre élection après cette courte période de transition car je me suis dit qu’entre deux maux il fallait choisir le moindre. C’est ainsi que, lorsque vous avez commencé votre premier mandat, je me suis dit qu’il fallait vous accorder le bénéfice du doute et prendre le temps de vous voir à l’œuvre car vous n’auriez certainement pas les coudées franches pour mener à bien votre politique puisqu’il vous fallait composer avec les caciques barons, la bourgeoisie politico-bureaucratique et ultra-conservatrice qui gravitaient autour de feu votre père avant de les virer tous pour former autour de vous une nouvelle équipe beaucoup ouverte, ambitieuse et pas passéiste. Sachez enfin Monsieur le Président, que contrairement à beaucoup qui après les élections de 2010 sont restés et restent encore focalisés sur les résultats de Lomé et de certaines localités pour contester votre réélection, moi je peux affirmer sans ambages que vous avez remporté ces élections malgré quelques ratés et irrégularités qui n’entachaient pas vraiment ce scrutin.
Je crois en cette victoire parce que j’ai vu le travail, par vos équipes de campagne et vos militants, abattu sur le terrain contrairement aux autres partis dans la course présents, mais absents sur les terrains. J’ai donc pris acte et me suis permis de croire en vous puisque j’ai un peu décortiqué le programme politique du RPT votre parti comme ces milliers de togolais qui ont voté pour vous.

Seulement, je dois vous avouer Monsieur le Président, que je suis resté sur ma faim et assez déçu jusqu’à présent par la première année de votre deuxième quinquennat à la tête de ce pays et les raisons je m’en vais donc vous donner.
La première est relative à la jeunesse et au peuple togolais. René Dumont titrait un de ses best-sellers : « l’Afrique Noire est mal partie… ». Au Togo, je peux dire sans faire injure à qui que ce soit que nous ne sommes même pas partis, et que nous sommes restés scotchés et agrippés dans les startings blocks avec beaucoup de tares, un manque de vision réelle et une certaine médiocrité légalisée dans nos administrations et dans ce pays. Conséquence, la jeunesse et le peuple togolais désabusés et mortifiés, n’ont plus aucune confiance en leurs dirigeants et représentants mis à part quelques laquais et hagiographes en col blanc d’un nouveau genre qui donnent encore dans des cris d’orfraie pour vanter cette improvisation dans notre pays.

Aucune grande ambition disais-je donc pour ce pays et surtout pas pour ce peuple. Loin de moi Monsieur le Président toute intention de minimiser les efforts par vous déjà consentis depuis votre avènement au pouvoir. Efforts desquels font partie d’ailleurs cette plus ample liberté d’expression que nous avons aujourd’hui et qui me permet de vous adresser cette lettre ouverte. Toutefois, laissez-moi vous avouer que les avancées très infimes sont, face à cet immense chantier qu’est notre pays et aux grands défis à relever. Par exemple, dans cette campagne soit disant de grands travaux à Lomé, je reste pantois et offusqué lorsque je vois quelques togolais se réjouir du fait que certaines artères de notre capitale sont réhabilitées ou construites. Moi, je ne me satisfais point de ce que j’appelle des « ruellelettes » ou ruelles qui ne sont pas dignes de Lomé notre capitale mais plutôt de nos villes de l’intérieur telles Kpalimé, Aného, Tabligbo, Bassar, Sokodé Dapaong, Mango, Atakpamé, Kara, Niamtougou etc…

Comment peut-on Monsieur le Président construire encore de nos jours des routes de 7m50 à Lomé pour le passage de deux voitures cote à cote sachant que le parc automobile de ce pays n’arrête pas d’augmenter de jour en jour ? Sans compter ces milliers de taxis-motos (Zémidjans) hérités des années 90 du Bénin voisin et des autres motocyclistes? Par endroits, je pense que certains carrefours de ce pays tels ceux de (GTA, Atikoumé, Hôtel Todman, port, Aéroport-mèches Amina.., la liste est longue) mériteraient d’avoir plutôt des échangeurs ou du moins de vrais boulevards dignes de ce nom. Mais que nenni.
On me susurre que c’est prévu. Je demande alors: pour quand Monsieur le Président? Je dis : Puisque ce sont des milliards en prêt que nous contractons pour ses travaux, remboursables surement sur 25 ans voire 50 ans par nous, nos enfants et nos petits fils, pourquoi ne pas utiliser cet argent à bon escient pour construire de vraies routes qui nous survivent, qui dureront 30 ans voire un demi-siècle ? Avons-nous besoin de re casser ces routes dans 5 ou 10 ans et nous ré-endetter encore sur des années pour refaire ces routes qui sont mal faites aujourd’hui ? Non, Monsieur le Président.
Pourquoi donc n’anticipons-nous jamais dans ce pays et pourquoi avons-nous toujours besoin de servir de contres modèles dans la sous-région ? Prenez tout simplement nos trois pays limitrophes que sont le Bénin le Ghana et le Burkina Faso. Plus aucun de ces pays ne construit ces « ruelles » avec lesquelles on nous rabat les écoutilles à longueur de journée sous prétexte que Lomé est en chantier. J’en ai vu moi des villes et de pays en chantier dans la sous-région (Dakar, Mali, Ouaga, Accra etc…). Croyez-moi, cela n’a rien à voir avec ce qui se fait sous nos cieux. C’est à croire que nous ne sortons jamais de chez nous. Et pourtant, Dieu sait que nous voyageons beaucoup à commencer par vous et vos collaborateurs.

Vous étiez encore il y a quelques jours à peine à Entebbe en Ouganda. Vous avez dû voir ces grandes routes à 3 trois et 4 voies. Vous avez vu l’état de leur route ? Rien à voir avec celui de notre pays. Monsieur le Président, vous avez placé un des thèmes de votre campagne présidentiel sous le signe de la modernisation. C’est pour quand cette modernisation? Vous êtes un Président jeune qui a eu la chance de faire des études dans de grandes universités aux USA et en France. Come on, Monsieur le Président nous attendons mieux que ce rechapage de notre capitale et de nos villes.
Vous avez le devoir de nous faire rêver. Vous devez nous poussez vers le futur et non nous ramener en arrière.Je ne pense pas qu’à ce rythme, on puisse devenir le dragon de la sous-région comme c’est souvent vanté sur « republicoftogo », le site officiel du Togo. Vous ne pouvez pas vous rendre compte du calvaire que nous vivons chaque jour sur ces petites routes. C’est normal, puisque, à chacun de vos passages les routes sont toujours dégagées et clairsemées.
Mais, n’allez pas croire Monsieur le Président que c’est toujours pareil pour le citoyen lambda qui doit non seulement faire preuve de patience mais aussi d’adresse tous les jours que le bon Dieu fait.

Et oui Monsieur le Président, tous les matins, à partir de 6h et tous les soirs à partir de 16h c’est le désastre et l’enfer sur nos routes pour aller au boulot, à un rendez-vous ou pour rentrer chez soi. Vous n’êtes pas sans savoir Monsieur le Président, que beaucoup de gens et une grande partie de ses milliers de désœuvrés togolais du lumpenprolétariat vivent dans les banlieues et périphéries hors de Lomé. Résultats, beaucoup sont obligés de quitter chez eux à 5h voire 4h30 du matin pour arriver à temps au boulot et quittent plutôt leur lieu de travail pour rentrer chez eux. Ceci nous fait perdre en temps, en efficacité, en rendement et surtout beaucoup d’argent. Certains vont jusqu’à dormir sur leur lieu de travail et ne rentrent chez eux que les week ends voir leurs familles parce que ne voulant pas arriver en retard et perdre leur travail qui est une denrée rare de nos jours ou encore par manque de moyens suffisants ou de transports urbains adéquats.

Les bus Sotral qui circulent dans le pays n’ont même pas assez de routes pour bien manœuvrer. Ils occupent de grandes portions de routes à chaque arrêt, créent des embouteillages et parfois des accidents. A Dakar et à Abidjan les routes et arrêts de bus sont bien aménagés pour ce genre de transports urbains. Aussi, je ne sais pas Monsieur le Président par quel truchement les constructions des routes sont adjugées aux entreprises. Mais je pense sérieusement qu’il faille revoir les procédures d’adjudication, en s’assurant que les cahiers de charges sont bien remplis et surtout que vous vous déplaciez vous-même de temps à autre avec votre Ministre de l’équipement pour vérifier l’état d’avancement des ouvrages avant de les réceptionner lorsqu’ils sont soit disant finis. Beaucoup des nouvelles routes réalisées à Lomé sont tout simplement une abomination et une insulte pour un observateur averti.
Par endroits, on trouve de grands boulevards de 7m 50 de largeur avec au beau milieu des espaces bétonnés qui ne serviront absolument à rien mais qui sont plus grands que les routes elles-mêmes. C’est le cas du boulevard du port après l’hôtel Sarakawa, de la nouvelle route qui débouche sur le carrefour- limousine à Adido Adin..

J’ai tout simplement été choqué de voir que le premier rond-point après la cité de Baguida sur une route à deux voies, soit plus grand que la route. Vous n’êtes pas sans savoir Monsieur le Président que des milliers de bus, de voitures et camions semi-remorques en provenance du Ghana au départ du port de Lomé et de nos stations passent par cette route nationale pour se rendre au Bénin voisin, au Nigéria, au Niger etc. A ce rond-point il leur serait difficile de manœuvrer surtout lorsqu’ils sont surchargés comme c’est souvent le cas sur nos routes. Vous devez y aller faire un tour car c’est une horreur pour les yeux et un danger pour la population. Le rond-point de la douane d’Adidogomè sur la route de Kpalimé relève de la même incongruité.

Mon plus grand coup de gueule Monsieur le Président a été ce dimanche de la Tabaski, lorsque j’ai décidé de faire une escapade à Afagnan. A partir d’Aného, les routes jusqu’à Anfouin et Afagnan sont un calvaire. On en revient après un aller-retour très esquinté, les amortisseurs détruits, le dos et la colonne vertébrale en compote et le moral à zéro. Fait le plus choquant c’est que, au niveau de la pharmacie d’Avépozo où les travaux sont arrêtés parce que les canalisations ont été mal faites, j’ai été surpris de voir des enfants de 8 à 10 ans munis de simples marteaux sous un soleil ardent casser le béton de ces canalisations pour récupérer la ferraille et aller les vendre. Je dis, les chinois ont eu ce marché, s’ils n’ont pas bien fait leur travail il leur incombe de détruire ce qu’ils ont mal fait pour le reprendre puisque ce sont eux qui empochent les sous. Je ne comprends donc pas pourquoi on doit laisser cette tâche à des gamins fussent-ils dans le besoin. C’est tout simplement inadmissible Monsieur le Président.

Sans vous faire injure, j’ai suivi le Président Yayi Boni dans la vérification d’une autoroute en construction à Cotonou. J’ai été agréablement surpris de voir qu’il a fait refaire cette autoroute qui était achevée à plus de 60% parce que celle-ci n’était pas conforme aux normes ni aux cahiers de charges. Il est reparti en colère et a demandé séance tenante que cela soit détruit et refait. Je vous conseille donc de suivre de plus près le travail de vos Ministres et d’être intransigeant avec ceux qui viennent empocher l’argent de ce pays.

Voilà Monsieur le Président mon coup de gueule en ce qui concerne les routes. Je vous fais grâce de ces vilains péages qui défigurent nos routes nationales. C’est tout simplement du rançonnage Monsieur le Président car on ne sait pas où va ni à quoi sert tout l’argent récolté à ces péages puisque les routes avant et après ces péages sont toujours des catastrophes. Je vous fais aussi grâce des routes Atakpamé-Amou-Oblo-Kpélè, Témédja-Badou, Sokodé-Bassar, Guérinkouka-Kara-Bassar, Tsévié –Tabligbo etc.., qui sont de véritables pièges à mort. Combien d’accidents ou de personnes sont mortes sur ces routes, je ne saurai vous le dire. Mais sachez que ce sont des routes qu’empruntent des milliers de togolais qui ont cru en vous et qui ont voté pour vous. Ces routes n’ont pas vu du goudron ni de Caterpillar depuis des lustres (20 à 30 ans).

Mon deuxième coup de gueule Monsieur le Président est relatif à la jeunesse togolaise et notamment à cette jeunesse estudiantine qui depuis des années fait de son mieux pour acquérir le savoir dans des conditions surréalistes et dans un environnement non seulement malsain mais aussi nocif qui découragerait toute bonne volonté désireuse d’apprendre. Parfois, j’ai même envie de dire que c’est fait exprès pour détruire, clochardiser et abrutir ce qui reste encore d’éveillé et de conscient pour la relève de demain et l’avenir du Togo c’est-à-dire sa jeunesse.

Feu Eyadema votre père nous disait toujours à l’époque lorsqu’on lui rendait visite qu’aucun sacrifice n’était trop grand lorsqu’ il s’agissait de la jeunesse. Ces paroles résonnent encore dans ma tête mais sonnent creux et vides aujourd’hui car la jeunesse togolaise est allègrement sacrifiée pour des intérêts personnels ou par de gens incompétents qui les encadrent et les forment dans leur quête du savoir, du savoir-faire et du faire du savoir.

Je me trompe peut être Monsieur le Président, mais je n’ai aucun souvenir de vous ayant mis les pieds dans un de ces deux temples nocifs qui nous servent d’université. Voudrait-on y former de futurs délinquants ou de jeunes révolutionnaires qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Le terme est peut-être un peu fort mais j’assume. Vous serez non seulement déçu en y mettant les pieds, mais avec beaucoup de recul et d’honnêteté vous conviendrez aussi avec moi que c’est une injure et une violation des droits élémentaires des étudiants qui dans de telles conditions ne peuvent pas donner le meilleur d’eux. Sinon, comment penser et accepter que des étudiants soient obligés de cohabiter dans une promiscuité déjà criarde avec des reptiles, des rats et des cafards ? Comment concevoir que des étudiants soient obligés de faire 3 à 4kms à pied pour aller chercher de l’eau pour se doucher.
Je vous fais grâce des toilettes puisqu’ils n’en ont pas et qu’ils sont obligés d’aller déféquer la nuit dans la broussaille qui les entoure. Une abomination. Pas d’eau potable à boire non plus à part les sachets de pure water dont ils sont obligés de se ravitailler avec les aides boursières dérisoires à dent de scie qu’ils perçoivent à qui mieux mieux. Rien que l’année dernière 5 étudiants de l’université de Kara ont été mordus par des serpents. Trouvez-vous cela normal ? Moi non !

Monsieur le Président, vous étiez au sommet des chefs d’Etats à Malabo, lorsque au forceps vos Ministres, Monsieur Gnama Latta, Monsieur Bodjona et certains de leurs collègues sont arrivés à ramener les étudiants à la raison et à leur faire sursoir la grande marche prévue avec leurs parents qui devait partir de la colombe de la paix jusqu’à la présidence où vous officiez. Moi-même j’ai pu discuter avec certains d’entre eux pour les ramener à la raison. C’est ainsi que j’ai appris tout récemment, que suite à l’une de leurs revendications qui avait trait au manque d’eau sur le campus, que 4 forages étaient en cours de réalisation sur le campus. C’est le nombre qu’ils avaient demandé. Monsieur le Président, de formation, je ne suis pas ingénieur géologue de conception, mais je me suis transporté sur les lieux et j’ai pu constater de visu que ces 4 forages avaient tous une profondeur de 70m. A cette profondeur, je puis vous affirmer Monsieur le Président qu’on n’a pas suffisamment atteint la nappe phréatique pour avoir une bonne qualité d’eau et en abondance pour ces milliers d’étudiants. Vous m’en voyez très déçu. Une fois encore on se moque de nous car les autorités compétentes ne prennent jamais la mesure de la chose et sont toujours obligées d’improviser. Gouverner dit-on, c’est prévoir et anticiper. Je ne peux pas comprendre que votre gouvernement et vous n’anticipiez jamais sur les évènements et qu’il faille toujours attendre que la chienlit ne s’installe pour commencer à chercher des raccourcis.

Jusqu’à présent la rentrée universitaire est à mainte fois repoussée par crainte de troubles. Mais Monsieur le Président, votre gouvernement et vous ne pouvez pas garder indéfiniment ces jeunes à la maison. Il faut que les Universités ouvrent incessamment leurs portes afin de permettre à nos petits frères d’aller tuer le temps dans ces « universités » à défaut d’y apprendre quelque chose. Je ne m’abuse point mais vos enfants et ceux de vos collaborateurs ont déjà commencé leurs rentrées dans de bonnes écoles ici à Lomé ou à l’étranger dans de grandes écoles et universités. Dans quelques années ils rentreront au pays snober leurs copains avec qui ils eu les mêmes Bacs et ce sont les mêmes qui viendront diriger et occuper de grands postes dans ce pays tandis que les autres, restés au pays ont passé des années blanches à la maison, ont été gazés, ou ont tout simplement arrêté les études en cours de route pour devenir des Zémidjans. Ah que la vie est belle ! La logique est claire, simple et une fois encore respectée. Je voudrais savoir : Les étudiants ont-ils besoin de sortir manifester à chaque rentrée pour se faire entendre ? Je dis non. Ont-ils besoin à chaque fois de se faire bastonner, embrigader et gazer pour qu’on prenne leurs doléances en compte ou qu’ils puissent étudier dans de bonnes conditions ? Je dis non ! Je pense qu’il est plus que temps que votre gouvernement et vous preniez ces problèmes estudiantins à bras le corps afin de mettre fin à ces sempiternelles grèves qui ne vous honorent pas, qui n’honorent pas notre pays et nos universités.

A notre époque (moi j’ai eu mon Bac littéraire en 1990 au Lycée Moderne de Sokodé), notre université était une référence dans la sous-région et s’étaient des milliers de gabonais, ivoiriens, nigériens etc. qui s’y bousculaient pour étudier. Aujourd’hui ils sont tous à Dakar, Ouaga, Cotonou, au Casablanca, Tunis, Rabat car notre université est devenue l’ombre d’elle-même c’est-à-dire une coquille vide. Aucune bibliothèque de ce nom dans aucune de ces deux « universités ». Vous rendez vous compte que certains étudiants de l’université de kara sont obligés de descendre à Lomé au Centre Culturel français pour se documenter ? A un tel degré de responsabilité tel le vôtre, on ne doit plus faire pour faire mais bien faire pour imposer son savoir-faire et marquer son temps.

J’ai séjourné au Rwanda. Ce beau petit pays d’Afrique centrale qui revient de loin, a sous la houlette de son Président Paul Kagamé accompli des merveilles dont beaucoup de Chef d’Etats africains devraient s’inspirer. Raison pour laquelle je vous saurais gré Monsieur le Président, si pour une fois, vous pouvez recevoir vous-même ces étudiants ou du moins les responsables de ces jeunes des deux universités comme le faisait feu votre père à notre endroit à chaque fois que nous avions des revendications. Il y va de votre crédibilité et votre égo n’en prendrait pas un coup. Rien qu’à l’université de Kara j’ai compté 28 étudiants exclus cette année scolaire dont certains pour 6 ans et d’autres à vie. C’est une hérésie, une ineptie et un non-sens dont je n’ai jamais entendu parler même au temps fort du vieux.

J’en viens maintenant à mon troisième coup de gueule Monsieur le Président. Celui ci est relatif à certains enseignants des écoles primaires communément appelés des EV (Enseignants Volontaires). Un non-sens dans notre pays où l’école primaire a été déclarée gratuite sur toute l’étendue du territoire. Je pense que lorsqu’on prend certaines mesures concernant nos enfants il faut se donner les moyens pour que ces actes ne restent pas juste des coups de publicité ni des dols dolosifs. Vous n’êtes pas sans savoir Monsieur le Président que depuis que votre gouvernement et vous avez rendu l’école primaire gratuite dans notre pays, décision fort louable d’ailleurs, cela a eu pour conséquence immédiate de voir beaucoup de parents envoyer leurs progénitures à l’école en lieu place des champs. Ce qui nous classe parmi les pays de la sous-région où le taux de scolarisation et d’alphabétisation reste le plus élevé. Mais le bémol dans cette décision c’est que dans beaucoup de village et de localités reculées, les écoles primaires n’ont que les Directeurs qui émargent au Ministère comme agents d’Etat. Les enseignants quant à eux ne sont que des EV et n’ont aucun émolument.
Les parents sont obligés de se cotiser entre eux enfin d’accorder, comment le dire, une sorte de salaire à ces EV. Les plus chanceux qui sont des pères ou mères de familles s’en sortent avec 3.000 CFA sinon c’est 2.000 CFA. Comment peut-on vivre de nos jours au Togo avec une somme pareille ? Certains EV dans la région de Badou et ses environs, dans la région des savanes, Kara, lac, Yoto etc. sont obligés de faire couper du bois à leurs élèves qui les revendent en bordure des routes afin de se payer et compléter avec ce que les parents leur donnent. Conséquence un déboisement massif alors qu’on nous alerte chaque jour sur le réchauffement climatique et sur l’avancée du désert. Une fois encore il serait louable que votre gouvernement et vous remédier à cela Monsieur le Président.

Je finis Monsieur le Président ma lettre ouverte et mon coup de gueule avec ce que je pourrais qualifier d’argent publique gaspillé. En effet, lors de mes dernières pérégrinations qui m’ont conduit à Tchamba, Badou et Kpalimé, je suis tombé sur trois nouveaux marchés qui ont été construits aux populations de ces trois villes précitées.
Le dénominateur commun de ces trois marchés c’est qu’ils sont tous neufs. Mais chose insolite c’est que depuis leur construction (certains datent de 3 à 5 ans), les populations n’ont jamais pris possession de ces lieux publics. En lieu et place, ce sont les herbes et la broussaille qui se disputent les places de ces marchés construits à coup de millions voire de milliards de nos francs gaspillés. Les raisons évoquées que je trouve assez fondées d’ailleurs sont que ces marchés sont tous hors de la ville (4 à 5 Km en dehors de la ville). Certains n’ont pas de toilettes. Pire encore Ils n’ont pas d’entrepôts pour stocker les marchandises à la fin de la journée. Ce qui veut dire que tous les matins les commerçants doivent soit porter leurs marchandises sur la tête et marcher 5 km pour se rendre au marché, refaire la même chose au trajet retour. Soit encore, ils doivent louer des charrettes aller-retour pour le transport de ces marchandises. Vous n’êtes pas sans savoir Monsieur le Président qu’à certains jours, des femmes reviennent bredouilles du marché sans avoir rien vendu. Comment donc peuvent elles se permettent de louer des charrettes alors qu’elles ne font pas de chiffres. Quand on fait du commerce, c’est pour gagner de l’argent et non pour en perdre surtout dans ces contrées lointaines où la débrouillardise et la survie restent de mise. Des femmes m’ont aussi expliqué que ces marchés ont semble-t-il été privatisés et qu’on voulait leur louer les places à des prix exorbitants. Raisons pour lesquelles elles refusent aussi de s’y rendre.

Monsieur, le Président, j’espère seulement que vous vous doutiez que ceci n’est qu’un résumé succinct des non-dits, des choses qui ne tournent pas rond dans ce pays et de ce que beaucoup peuvent susurrer entre eux dans les chaumières. Les problèmes des togolais sont multiples, réels et profonds. Je ne pourrais pas les énumérer dans une si petite lettre ouverte. Je me suis laissé dire que vous allez ou que vous avez déjà créé votre nouveau parti politique. J’espère simplement que ce parti saura répondre aux attentes et aux quotidiens du peuple togolais qui n’est plus à un parti politique près.
Je crois que les populations en ont assez d’écouter des discours politiques avec des promesses creuses de campagne qui ne durent que le temps d’un battement de cils. Et si vous voulez mon humble avis, je pense que ce n’est plus aux populations d’écouter ces farandoles et ces balivernes politiques, mais aux politiques de se mettre au même diapason que les populations pour écouter leurs discours à eux et prendre leurs doléances à bras le corps. C’était ma conviction hier et cela l’est encore plus aujourd’hui.

Je m’en vais maintenant finir mon coup de gueule contre vous et votre gouvernement en convoquant à nouveau Nicolas Machiavel dont je vous conseille vivement de méditer ces propos : « Pour bien connaître le naturel des peuples, il est nécessaire d’être prince ; et pour bien connaître les princes, il faut être peuple ».
C’est le peuple que vous devez avoir comme allié et conseiller. C’est le peuple que vous devez écouter. Moi j’entends ce peuple s’adresser à vous chaque jour. Ce peuple togolais dont vous et beaucoup d’autres politiciens se réclament est aujourd’hui plus que jamais éveillé. Il a des rêves et des ambitions. Vous pouvez l’aider à croire en ses rêves et à les réaliser avec vous ou sans vous.
J’espère que pour ces quatre prochaines années de votre quinquennat vous nous ferez rêver, que vous nous donnerez espoir afin de croire encore en vous et aux politiciens qui nous gouvernent ou qui cherchent à nous gouverner.

Maintenant si vous pensez que je vous ai manqué de respect dans ma lettre, veuille ne pas m’en tenir rigueur car comme le dit souvent mon père : « l’étranger a de gros yeux mais ne voit pas grand-chose. » Il m’a aussi dit tout récemment que l’étranger ne restait jamais à la tête d’un cortège funèbre parce qu’il ne sait pas où se trouve le cimetière. Tout ceci pour me faire comprendre que je dois rester à l’écart de la politique. Mais Monsieur le Président, je ne suis pas étranger au Togo et ce pays est aussi mien.
Vous conviendrez donc avec moi que je ne puisse pas en tant que fils de ce pays resté les bras croisés tel un spectateur stérile devant tant d’inepties et de souffrance du peuple que je côtoie tous les jours.

Pour conclure, si malgré votre élévation, vous daigniez bien prendre connaissance de ma lettre, vous conviendrez avec moi que je n’ai fait que dire la vérité et que je ne mérite pas qu’on me taxe d’autre chose ou qu’on m’attribue une quelconque intention machiavélique.

Dans l’intervalle, je vous prie d’accepter Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération

Kombaté Kwasi NENE
Président de la NGE ( Nouvelle Génération Engagée) source: http://unjourletogo.wordpress.com/


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