Peut-on tout pardonner ?

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Père, mère et fille, une famille unie jusqu'au jour fatal
Père, mère et fille, une famille unie jusqu'au jour fatal

Je m’appelle Afi Lydia je suis enseignante de lycée et mère d’une magnifique fille.Voici mon histoire.

J’étais jeune quand mes parents ont trouvé la mort dans un accident de voiture nous laissant ma petite sœur Carole et moi, orphelines. Ça a été une longue route parsemée de pleurs, de faim, de chagrin, de malnutrition… Nous nous sommes promenées de maison en maison, de foyer en foyer : aujourd’hui tante X, demain oncle Y. Finalement j’ai du laisser tomber les études universitaires pour trouver un emploi et m’occuper de nous. Bref, le plus important est que ma petite sœur et moi avions toujours été présentes l’une pour l’autre. J’étais l’ainée et mon devoir était de la protéger. Nous avons traversé chaque moment difficile ensemble et nous partagions nos peines et nos joies.

Des années plus tard, j’ai rencontré Charles à une conférence à l’école. Ce fut le coup de foudre. C’était un gars tendre, intelligent et attentionné. Il me rappelait beaucoup mon père et ma petite sœur l’aimait bien sans doute à cause des petits cadeaux qu’elle recevait (rires).Et comme vous l’aurez deviné, le mariage fut très rapide. Je suis donc partie avec Carole m’installer chez mon mari dans notre nouveau foyer. J’avais 26 ans, ma sœur 20 et mon mari dans la beauté de la trentaine. C’était un semblant d’ancien bonheur retrouvé. On formait à nouveau une famille. Le matin Charles nous déposait moi au travail, Carole à l’école. Le soir on se retrouve tous à la maison autour d’un diner en famille suivi de longues heures devant la télévision ou en train de jouer et de tricher au Scrabble. Tout semblait parfait. Un an plus tard j’ai donné naissance à une fille que j’ai nommé Dzifa car en effet j’avais trouvé la paix du cœur. Et cette merveille n’a fait rien d’autre qu’agrandir l’amour qui régnait dans notre famille et me rapprocher beaucoup plus de mon mari pendant les deux années suivantes. Du moins c’est ce que je pensais.

Un matin comme tous les autres, j’étais partie travailler, Carole devait être à la fac et Dzifa à la crèche. Personne ne rentrait avant le soir. Je n’aurais jamais imaginé que ce jour serait le pire de ma vie. J’avais reçu un appel du jardin d’enfants m’annonçant que ma fille avait un peu de fièvre et n’arrêtait pas de pleurer. Je fus donc obligée de quitter mon travail pour aller la chercher. J’ai pu faire cesser ses pleurs mais elle devrait prendre son sirop pour la fièvre.

On rentra donc a la maison. J’avais remarqué la voiture de mon mari devant la maison. J’ai tout de suite pensé que la crèche l’avait aussi contacté et qu’il était passé voir comment on s’en sortait. Tenant Dzifa par la main, je me dirigeai vers la chambre pour retrouver son sirop contre la fièvre . Qu’est-ce que je trouve à la place ? A ma grande surprise j’étais en face d’une scène d’amour entre mon mari et Carole, ma soeur sur notre lit conjugal. Oui ma petite sœur, pas la femme de ménage, même pas la voisine d’à-côté, ma petite sœur ! Et j’étais plantée la devant la porte, ne pouvant bouger, ne pouvant parler, ne pouvant même pas détourner les yeux. Soudain je réalisai que ma fille était aussi la fixant avec ses yeux innocents son père et sa tante qui essayaient de cacher leur nudité. Elle ne devait pas assister à ça. J’ai donc pu trouver la force de quitter la chambre et la maison. Je suis allée à la pharmacie acheter son sirop à Dzifa et nous avons passé le reste de la journée chez ma meilleure amie à qui j’ai raconté mon malheur.

Je n’ai cessé de me demander quand est-ce que ça a commencé, si mon mari m’a un jour aimée, si finalement je méritais d’être heureuse dans cette vie, pourquoi ma sœur a pu être si cruelle après tout ce qu’on a traversé …. j’ai pleuré, tellement pleuré que je suis devenue sèche comme un désert. Le soir je suis retournée à la maison. Je n’ai pas ouvert la bouche pendant les jours suivants et j’ai dormi dans la chambre de Dzifa. Ma petite sœur m’évitait et la seule phrase que mon mari a pu formuler est « ce que j’ai fait est impardonnable et je n’attends pas que tu me pardonnes». Cette semaine j’ai pu trouver grâce à mes contacts une chambre à la cité de l’Université pour Carole et je déménageai chez ma meilleure amie en attendant de trouver un chez-moi. C’est comme ça que finit mon mariage. J’ai continué à soutenir ma sœur jusqu’à la fin de ses études et j’ai donné le droit à mon mari de venir voir sa fille. Ai- je pardonné ? Je ne sais pas mais j’ai réussi à aller de l’avant pour ma fille. J’ai toujours souhaité qu’elle ait contrairement à moi la chance de grandir entourée de ses deux parents mais elle m’a moi et elle est la plus belle chose qui me soit jamais arrivée.

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