Pr Tcham Badjow : “La lutte méritait d’être menée”

Le Professeur Tcham Koffi Badjow est historien et membre de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation. Dans l’interview qui suit, il nous fait revivre quelques émouvantes étapes du processus qui a conduit à l’indépendance du Togo.

Que peut-on dire de la lutte pour l’indépendance du Togo ?

Tcham Koffi Badjow : L’obtention de l’indépendance du Togo est l’aboutissement d’un long processus qui commence dès le lendemain de la conquête coloniale et dont les temps forts sont : 1913, 1933, 1956, 1958.

D’abord en 1913, lorsque les notables de Lomé remirent en mains propres au Secrétaire d’Etat allemand aux colonies, le Docteur Wilhelm Solf en visite au Togo, le 12 octobre, une pétition contenant les doléances de la population et dénonçant certaines pratiques coloniales.

Quel était le contenu de la pétition ?

Tcham Koffi Badjow : La population exigeait notamment la représentation des indigènes dans le conseil du gouvernement, la réduction d’impôt, une meilleure organisation judiciaire, la suppression des châtiments corporels et des chaînes et de meilleures conditions de détention pour les détenus, etc.

Les autres temps forts du processus de l’indépendance ?

Tcham Koffi Badjow : En 1933, en réaction aux conséquences de la crise économique de 1929 et surtout aux mesures, notamment d’ordre fiscal, prises par l’administration coloniale, des révoltes ont éclaté ça et là. On peut rappeler par exemple les émeutes de Lomé les 24 et 25 janvier 1933 et l’embrasement du pays Konkomba que le Lieutenant Massu (futur Général) devait soumettre.

Autres étapes importantes : la proclamation de la République Autonome du Togo(RAT) en 1956, les affrontements sanglants, les 20 et 21 juin 1957, entre partisans de l’indépendance et forces de l’ordre à Mango et à Pya-Hodo et, en 1958, la victoire éclatante des nationalistes aux législatives anticipées du 27 avril.

On peut ainsi dire que la lutte des Togolais pour l’obtention de l’indépendance de leur pays a été marquée par leur passion pour la liberté, leur détermination et leur courage.

L’indépendance du Togo renvoie à deux dates repères à savoir le 27 avril 1958 et le 27 avril 1960.

Tcham Koffi Badjow :
Le 27 avril 1958 correspond aux législatives anticipées destinées à renouveler l’Assemblée qui avait été élue en 1955, sans la participation des partis d’opposition ou « nationalistes ». Ces élections aboutissent à la victoire des « nationalistes », partisans de l’Ablodé ou indépendance totale.

Quant au 27 avril 1960, cette date marque la proclamation de l’indépendance et l’accession du Togo à la souveraineté internationale. Mais pour comprendre ces deux événements, il faut rappeler une autre date : le 30 août 1956.

Dans leur lutte pour l’obtention de l’indépendance, les Togolais avaient le choix entre les partisans d’une indépendance immédiate et totale, dits « nationalistes », et les partisans d’une indépendance graduelle, obtenue dans l’amitié avec la France appelés « progressistes ».

Les « progressistes » avaient obtenus de la France, en application de la loi cadre dite « Loi Defferre », la création de la République Autonome du Togo (RAT), proclamée le 30 août 1956. La RAT qui dispose d’un drapeau, d’une devise et d’un hymne est dirigée par un Premier Ministre, Nicolas Grunitzky et par une équipe ministérielle. Dans le paysage colonial français, la RAT constituait une avancée notable, mais pour la période, cela restait insuffisant. C’est à la liberté totale qu’aspiraient les Togolais. Sous la pression conjuguée des partis « nationalistes », des syndicats, des étudiants et de l’ONU, le gouvernement doit se résoudre à organiser les élections législatives anticipées du 27 avril 1958.

Pourquoi les pères de l’indépendance ont choisi de la proclamer en 1960 alors qu’elle a été acquise en 1958 ?

Tcham Koffi Badjow :
C’est pour des raisons pratiques, semble-t-il. Ensuite il y a la surprise des « nationalistes » qui avaient été jusqu’là dans l’opposition et qui devaient se préparer à gouverner. Il fallait pour cela une période transitoire. Dans son discours programme le 17 mai 1958, le Premier Ministre Sylvanus Olympio, conscient des difficultés auxquelles il aura à faire, juge indispensable de différer de deux ans la date de la proclamation de l’indépendance. Cette période va donc permettre la mise en place d’un nouveau gouvernement pour gérer le pays et préparer la proclamation de l’indépendance.

Cinquante ans après peut-on dire que la lutte pour l’indépendance méritait d’être menée ?

Tcham Koffi Badjow : La lutte des Togolaises et des Togolais méritait d’être menée. Ils vivaient sous le joug colonial, une domination par définition étrangère, faite de brimades, de vexations et d’humiliations de toutes sortes. Mais par-dessus tout, ils avaient perdu leur liberté qu’ils voulaient recouvrer. Ils vont donc y consentir de nombreux sacrifices. Ainsi, le 31 mai 1957, lors du passage à Lomé d’une mission de l’ONU conduite par le Libérien Charles King et en présence de celle-ci, deux jeunes gens membres de la JUVENTO, un des partis « nationalistes », arrachent et lacèrent de drapeau de la RAT que l’on était en train de hisser.

Un scénario semblable a eu lieu à l’intérieur du pays paraît-il ?

Tcham Koffi Badjow : Effectivement. Il en était de même à l’intérieur du pays, toujours à l’occasion du passage de la mission King. A Mango, des affrontements sanglants opposant partisans de l’indépendance et forces de l’ordre font un mort et de nombreux blessés le 20 juin 1957.à Le lendemain  Pya-Hodo dans la région de la Kara, réputée être un bastion des partisans de la France, des affrontements opposent là aussi, partisans de l’indépendance et forces de l’ordre. Une fusillade éclate et fait une vingtaine de morts et de nombreux blessés.

Ces exemples montrent que non seulement cette lutte méritait d’être menée, mais surtout qu’elle a été le fait de tous les Togolais.


avatar Soumis par le 24 Apr 2010 dans la/les categories Actualités, Indépendance du Togo. Pour rester informés des commentaires de cet article, vous pouvez souscrire au flux RSS 2.0. Togozine encourage les débats. Veuillez laisser vos commentaires en bas des articles. Les opinions des rédacteurs/personnes mentionnées sont fournies comme telles et ne reflectent pas systématiquement l'opinion du magazine.

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